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sier avait cru devoir traiter la question plutôt en physicien qu’enentrepreneur d’éclairage (1).
Mais Lavoisier ne tarde pas à sentir se développer en lui le goûtle plus vif pour les recherches chimiques, et dès ce moment, lesincertitudes de son esprit disparaissent, et l’objet de ses occupa-tions futures se trouve irrévocablement fixé. Le succès qu’il avaitobtenu dans quelques travaux préliminaires de chimie, l’avait dé-cidé à se jeter dans cette voie. Les conseils de son maître Rouelledurent entrer aussi pour beaucoup dans sa détermination, carl’enseignement de ce professeur célèbre était alors à l’apogée deson éclat, et il n’est pas douteux que la fougue et l’éloquence en-traînante de ses leçons n’aient exercé sur l’esprit de Lavoisier une puissante influence.
Quoi qu’il en soit, il se voua dès ce moment tout entier auxrecherches de chimie, et sut bientôt se placer au premier rangdans cette science.
On a vu comment, presque au début de sa carrière scienti-fique, il rencontra le fait fondamental qui devait entraîner laruine de toute la théorie du phlogistique, et comment il em-brassa d’un regard toute l’immensité du champ qui s’olTraitaux espérances de son génie. On dirait que, dans ce momentsolennel, l’avenir de son existence vint se dérouler à ses yeux :avenir plein de luttes, hérissé de sacrifices et d’écueils de toutgenre, mais tout brillant de l’espoir d’une renommée éter-nelle.
C’est en effet un spectacle singulier que de voir Lavoisier , aumoment où il vient d’annoncer sa découverte, arranger sa viefuture dans la prévision de ses travaux. Comprenant que sa for-tune ne pourra suffire aux dépenses nécessitées par de nombreusesrecherches, il demande aussitôt un emploi dans les finances, etobtient le poste de fermier général ; il épouse ensuite la fille dufermier général Paulze , ce qui lui assure un revenu de près de80,000 livres. En même temps, il s’occupe à réunir autour de luitout ce que Paris renferme d’hommes éminents dans les diversgenres des sciences. Le dimanche, on trouvait rassemblée chez luil’élite des savants de la capitale. Condorcet, Lagrange, Monge,