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5 (1870) Savants du XVIIIe siècle : Newton, Leibniz, D'Alembert, Euler, Bernouilli, Fontenelle, Linné, Boerhaave, Haller, Spallanzani, Jussieu, Réaumur, Buffon, Condorcet, Rouelle, Lavoisier / par Louis Figuier
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LAVOISIER 485

gouvernement nouveau. Quant au fait davoir ajouté une forteproportion deau au tabac, après sa préparation, pour bénéficiersur la vente, le reproche était fondé ; car Lavoisier avait souventréclamé contre ces abus auprès de ses avides confrères, et il avaitmême dénoncé la fraude au ministre des finances. Mais conçoit-onque lon demande la mort de vingt-huit hommes pour untel délit? Ce que voulaient les terroristes, cétait confisquerla fortune des fermiers généraux. La guillotine battait monnaiepour la révolution. La Convention ne connaissait de Lavoisier que lhomme public; pour elle, cétait un chiffre et rien de plus,et. sans sinquiéter davantage, elle envoyait à la mort le fermiergénéral n° 2. Seulement, ce jour-, au lieu dun fermier général,on tuait un homme de génie.

Après la lecture du rapport, Collot dHerbois tonna contre lesfermiers généraux, et sans un long examen, le rapport fut changéen un acte daccusation, qui renvoyait devant le tribunal ré-volutionnaire les vingt-huit fermiers généraux. Les noms deMM. Paulze et Lavoisier étaient en tête de la liste.

Lavoisier apprend bientôt le sort qui le menace. Tous lesaccusés étant décrétés darrestation, on lui conseille de ne pasrentrer chez lui, et longtemps il erre seul, dans les rues deParis , nosant demander à un ami le dangereux service duneretraite. Enfin, dans la soirée, le hasard lui fait rencontrer unhuissier de lacadémie des sciences , le vieux Lucas, qui, trem-blant, le ramène avec lui, et le cache dans un des coins les plusretirés du Louvre, lacadémie tenait encore ses séances.

Lavoisier demeura deux jours dans cet asile ; mais apprenantque tous ses collègues sont arrêtés, y compris son beau-père,M. Paulze , il rougit de ne pas partager leurs périls, et malgréla résistance de ses amis, malgré leurs supplications et leurslarmes, il court se constituer prisonnier.

Dans sa prison, Lavoisier ne démentit pas son courage. Il sechargea de la cause de ses collègues, et soccupa, dans le brefdélai qui leur restait, à rassembler les éléments de la défensecommune. Lespérance ne labandonnait pas; car, prévenu, de-puis longtemps, des périls qui lattendaient, il navait jamaisvoulu croire à leur gravité. Il avait fermé loreille à tous les aver-tisoements, et « poursuivi, dit Cuvier, limpression de ses œuvres,

» avec un calme et une sérénité dignes des temps antiques. »