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gouvernement nouveau. Quant au fait d’avoir ajouté une forteproportion d’eau au tabac, après sa préparation, pour bénéficiersur la vente, le reproche était fondé ; car Lavoisier avait souventréclamé contre ces abus auprès de ses avides confrères, et il avaitmême dénoncé la fraude au ministre des finances. Mais conçoit-onque l’on demande la mort de vingt-huit hommes pour untel délit? Ce que voulaient les terroristes, c’était confisquerla fortune des fermiers généraux. La guillotine battait monnaiepour la révolution. La Convention ne connaissait de Lavoisier que l’homme public; pour elle, c’était un chiffre et rien de plus,et. sans s’inquiéter davantage, elle envoyait à la mort le fermiergénéral n° 2. Seulement, ce jour-là, au lieu d’un fermier général,on tuait un homme de génie.
Après la lecture du rapport, Collot d’Herbois tonna contre lesfermiers généraux, et sans un long examen, le rapport fut changéen un acte d’accusation, qui renvoyait devant le tribunal ré-volutionnaire les vingt-huit fermiers généraux. Les noms deMM. Paulze et Lavoisier étaient en tête de la liste.
Lavoisier apprend bientôt le sort qui le menace. Tous lesaccusés étant décrétés d’arrestation, on lui conseille de ne pasrentrer chez lui, et longtemps il erre seul, dans les rues deParis , n’osant demander à un ami le dangereux service d’uneretraite. Enfin, dans la soirée, le hasard lui fait rencontrer unhuissier de l’académie des sciences , le vieux Lucas, qui, trem-blant, le ramène avec lui, et le cache dans un des coins les plusretirés du Louvre, où l’académie tenait encore ses séances.
Lavoisier demeura deux jours dans cet asile ; mais apprenantque tous ses collègues sont arrêtés, y compris son beau-père,M. Paulze , il rougit de ne pas partager leurs périls, et malgréla résistance de ses amis, malgré leurs supplications et leurslarmes, il court se constituer prisonnier.
Dans sa prison, Lavoisier ne démentit pas son courage. Il sechargea de la cause de ses collègues, et s’occupa, dans le brefdélai qui leur restait, à rassembler les éléments de la défensecommune. L’espérance ne l’abandonnait pas; car, prévenu, de-puis longtemps, des périls qui l’attendaient, il n’avait jamaisvoulu croire à leur gravité. Il avait fermé l’oreille à tous les aver-tisoements, et « poursuivi, dit Cuvier, l’impression de ses œuvres,
» avec un calme et une sérénité dignes des temps antiques. »