DE N L' U T O N.
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voiois fous un tel angle : nulle expérien-ce ne plioit mon ame à démentir les traitsimprimés dans ma rétine ; mais dès que j’aijugé que c’étoit un homme, la liaison misepar l’expérience,dans mon cerveau, entrel’idée d’un homme & l’idée de la hauteurde cinq à six pieds, me force, fans que j’ypense, à imaginer, par un jugement soudainque je vois un homme de telle hauteur ,
& à voir une telle hauteur en effet.
II faut absolument conclure de tout ce- Nousci, que les distances , les grandeurs, les non^àsituations, ne font pas, à proprement par- voirler , des choses visibles , c’est-à-dire , ne à°iSeî*font pas les objets propres & immédiats dela vûe. L’objet propre & immédiat de lavûe, n’est autre chose que la lumière colo-rée : tout le reste, nous ne le sentons qu'àla longue & par expérience. Nous appre-nons à voir, précisément comme nous ap-prenons à parler & à lire. La différenceest, que sart de voir est plus facile, & que laNature est également à tous notre Maî-tre.
Les jugemens soudains, presque unifor-F 3 mes,