Buch 
La peinture alpestre / par William Reymond
Entstehung
Seite
24
JPEG-Download
 

n

beauté plastique et immobile avec son âpreté de forme et ses oppo-sitions de couleurs, mais ce qu’il en comprit surtout ce fut la vie,le mouvement, les fureurs. Il la passionna et sut rendre avec unelougue jusqu’alors inconnue les variations de physionomie que lesvents, la pluie, le soleil ou les nuages impriment aux sombres fo-rêts, aux glaciers resplendissants, aux gorges écumantes, aux mas-ses gigantesques des rochers.

En cela Diday s’est montré aussi grand poète que peintre ha-bile, et c’est précisément ce réalisme saisissant et plein de vie quia constitué toute l’originalité de son talent. La gloire nationale quirécompensa bientôt l’artiste dans son pays aurait pu lui suffire. Cepen-dant il voulut aller en demander à Paris la ratification. A la bonneheure ! mais là ce fut avec de tout autres yeux qu’il fut d’abord ac-cueilli. C’est à peine si, au salon de 1831, la critique daigna fairemention de ses ouvrages. Il lui manquait là, comme plus tard àM. Calame, le prestige du nom, la protection qui se paie, la cama-raderie qui n’épaule que les initiés, et aussi, il faut le dire, un pu-blic préparé et disposé à comprendre la nature sévère qu’il repro-duisait. A Paris , M. Diday fut classé avec quelque raison parmiceux qu’on appelait alors les naturalistes. Mais on aurait dû recon-naître en lui un naturaliste éloquent et passionné.

Nous voyons encore cette œuvre capitale sur laquelle il fut jugé,c» lac de Bnenz avec ses larges blocs granitiques au premier plan,couverts de mousse et de rosée. A côté, deux grands chênes noueuxfrissonnent à l’air du matin ; plus loin d’autres massifs penchentleurs branches humides sur l’eau transparente, et à travers la moitevapeur de l’aube se noient dans un ravissant lointain les coteaux,les montagnes et le spectre incertain d’une voile.

Certes si c’était là du naturalisme, au moins cette nature avait-elle une âme aussi digne du Dieu des chrétiens que de celui despanthéistes!

On voit que M. Diday ne s’en est pas toujours tenu aux colères