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Complément du dictionnaire des arts et manufactures / par Ch. Laboulaye
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XVII
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ART INDUSTRIEL.

XVII

Il n’est pour ainsi dire pas de fabrication qui n’exige l’emploi de la faculté que nousappelons le goût, pour laquelle il suffise de remplir des conditions de solidité, d’économie.Qu’on jette un coup d’œil sur la plupart, et on aura bientôt reconnu que l’art entre pourune grande part dans la production industrielle, et c’est souvent la plus importante; iln’est pas de fabricant qui, à un point de vue spécial, ne l’ait senti. Il me suffit, pour leprouver, d’indiquer quelques cas pour lesquels aucune contestation n’est possible, de citerl’orfèvrerie, les bronzes, les meubles, les poteries, les étoffes. Pour tous ces produits, labonté de la fabrication ne suffit pas; il faut compléter l’œuvre par l’élégance des formes,le charme des décorations. C’est la condition essentielle de supériorité pour les individuscomme pour les nations qui veulent exporter au loin les produits de leur industrie ; c’est lacause la plus certaine du succès de la plupart des grandes fabrications de la France .

S’il n’est pas d’industriel qui n’ait eu à se poser ces questions relativement à l’élégance,au bon goût de ses produits, il n’en est pas non plus qui n’ait aussi éprouvé de déception,en reconnaissant l’impossibilité de trouver un ouvrage qui lui enseignât les notions fon-damentales de l’art industriel que pratiquent avec tant de supériorité quelques artisteséminents. Certes il existe quelques intéressantes collections de dessins; mai*, sans vouloirles juger ici, l’absence de texte et par suite d’indication du moindre principe, montre queleur conception se rapporte à un point de vue trop éloigné de l’enseignement; aussi sont-elles presque complètement inutiles dans la plupart des cas, lorsqu’il s’agit d’autre choseque d’y trouver des modèles.

L’idée de l’intervention de l’art dans l’industrie est assez nouvelle, et jusqu’ici la scienceindustrielle a été considérée par les esprits distingués qui ont vu autre chose que l’habiletcmanuelle ou des collections de recettes dans le savoir des fabricants, comme reposant exclu-sivement sur la connaissance des sciences pures. Aujourd’hui il n’en est plus ainsi, et l’im -portance de l’art est, depuis quelques années, devenue une idée populaire, grâce aux grande*expositions universelles de Londres et de Paris , qui, en mettant en présence les produits desdiverses nations, ont montré combien quelques-unes brillaient par le bon goût et l’élé-gance. Aussi, sans s’aveugler par un sot amour-propre, l’Angleterre, avec son éminerttbon sens, ayant vu clairement à l’Exposition de Londres tout ce qu’elle avait à faire danscette voie, a fondé aussitôt les musées de Sydenham, de Marlborough-House, ainsi qu’untrès-grand nombre d’écoles de dessin. Elle a parfaitement compris qu’il s’agissait d’unecondition vitale de succès pour sa puissante industrie, si admirable au point de vuetechnique, mais qui était dépassée par des nations rivales au point de vue artistique. Ellea senti que l’avenir d’une partie de son immense commerce d’exportation était en jeu, etelle s’est mise à l’œuvre pour obtenir encore cette condition de succès. L’Exposition de1855 a montré qu’elle avait rapidement accompli d’importants progrès.

Le caractère le plus saillant de celle-ci a été de faire briller l’état avancé de l'art indus-triel à l’époque actuelle. Celui-ci a même pris une si grande place qu’une réaction s’est faitsentir à la fin contre le rôle trop prépondérant, trop exclusif qu’on lui faisait jouer.

Sans nier ce qu’il y a de fondé dans les reproches adressés aux Expositions de mettre enlumière des pièces exceptionnelles, des tours de force qui ne sont pas de l’industrie, jedirai seulement, qu’il était impossible d’imaginer de spectacle plus favorable que celui queprésente une Exposition universelle pour constater l’état avancé de l’art industriel à notreépoque, pour enregistrer les arrêts de l’Europe en fait de goût. Sans les ressources qu’ellesm’a fournies, je n’eusse jamais pu mener à bien cet essai. C’est surtout dans les visitesà l’Exposition de Paris que se sont manifestées clairement à mes yeux les quelques règlesque j’ai osé établir ; c’est à ce grand spectacle que j’ai pu prendre les dessins d’œuvresconsacrées par la voix publique comme des chefs-d’œuvre.

En consultant les conîptes rendus qu’a fait naître cette Exposition, j’ai trouvé dans tou.i

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