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Complément du dictionnaire des arts et manufactures / par Ch. Laboulaye
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XVIII
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INTRODUCTION.

XVIII

une confirmation éclatante de la méthode historique que j’ai suivie dans mon étude surl’art industriel ; la seule, comme je l’établis dès le début, qui puisse fournir une base solideà une étude profitable de l’art. En effet, aucun n’a traité d’une industrie artistique sansparler d’abord de l’éclat qu’elle a pu jeter aux grandes époques de l’humanité, sans y puiserdes points de comparaison nécessaires. Or ces indications sans les monuments à l’appui,sont de minime intérêt et peu profitables ; avec leurs représentations, elles forment la basede toutes les connaissances relatives à l’art. C’est cette étude fondamentale de la tradition,sans laquelle on ne peut rien formuler de sérieux et qui est toujours à refaire, que je tentede rendre définitive et vraiment instructive, en l’appuyant des gravures des monuments etdes produits industriels les plus remarquables à chaque époque.

Quant à ces époques mêmes, je n’ai pas besoin de justifier ici le choix que j’ai fait decelles qui ont toujours été considérées comme les plus mémorables dans la vie de l’hu-manité. Les divisions que j’établis sont celles auxquelles on arrive forcément toutes les foisque l’on cherche à reconnaître les moments de plus grande splendeur de la civilisation; cesont celles que l’on admet, par exemple, pour la littérature : c’est la Grèce de Démos-thène, de Platon, de Sophocle; c’est la Rome de Virgile , d’Horace; c’est le Moyen âgede l’Imitation, de Froissart; la Renaissance du Dante, de Pétrarque ; le siècle de Racine,de Corneille ; celui de Voltaire , de Rousseau. Enfin, c’est l’époque actuelle avec sa passionpour l’art, dans toutes ses manifestations.

On ne saurait être étonné de voir que la méthode à suivre pour s’avancer quelque peudans un ordre de connaissances tout différent des connaissances scientifiques soit toutautre que celle qui nous a guidé pour les autres parties de cet ouvrage. 11 suffit pour lecomprendre facilement de réfléchir à la nature du genre de notions auquel appartient l’es-thétique, dont relèvent les règles qui dominent les beaux-arts, c’est-à-dire à une théorieessentiellement d’ordre moral, philosophique, toute autre que celui des sciences positives, etqui, dans une classification universelle des connaissances humaines, si les sciences posi-tives forment le point de départ, doivent être placés à l’extrémité et couronner l'édifice.D’après cela et en laissant de côté les parties positives, techniques des beaux-arts, fortimportantes et que nous avons eu soin de ne pas négliger, ce n’est plus l’expérimentationphysique aidée de la déduction pure, c’est l’étude des aspirations successives qui ont pas-sionné l’humanité, c’est l’ordre historique qui peut seul mener à quelques résultats.Mais malheureusement il résulte de ce que les règles ne se déduisent pas d’un premierprincipe qu’on ne peut formuler des résumés aussi satisfaisants, établir des règles aussipositives que celles que fournit l’application des sciences exactes au travail industriel. Tou-tefois, l’on peut espérer dans un semblable travail : fournir un utile point de départ,montrer la voie pour des recherches ultérieures, enfin, guider et épurer le goût, c’est-à-dire, ce qui varie le plus avec l’individu, en réunissant ce qu’il est possible de for-muler de plus incontestable, et ainsi sûrement tout au moins faire éviter de grossièreserreurs en signalant les écueils.