PRODUCTION 1)E IA CHALEUR.
486 PRODUCTION DE LA CHALEUR.
liquide de la molécule complexe formée par les atomes iélémentaires, car c’est à cela que revient unemmagasi- ,nement suffisant de chaleur, et à en chercher la causedans les obstacles qui empêchent les forces d’attractionde produire complètement leur effet. Nous avons vu, enparlant des décompositions qui accompagnent les réac-tions entre corps composés, qu’il faut toujours unequantité déterminée de chaleur pour que les atomes quisortent d’une combinaison retrouvent leur mobilité.Lors donc que cette condition n’est pas satisfaite, lacombinaison ne peut être régulière.
Nous avons admis jusqu’ici que les atomes élémen-taires d’une molécule chimique composée constituaientpar leur réunion un petit corps solide, et il est bien clairqu’il doit en être presque toujours ainsi, puisque lecomposé ne prend ordinairement naissance que parceque les atomes libres de se combiner so trouvent enprésence et sont susceptibles d’obéir aux forces d’at-traction, liberté qui conduit à la production d’une cohé-sion atomique.
Mais de même que les molécules de même naturene constituent pas seulement des corps solides, malgrél'existence des forces d’attraction ; que par l'action dela chaleur les corps solides passent à l’état liquide,puis à l’état gazeux, les mêmes phénomènes se produi-sent nécessairement sur les atomes qui constituent lamolécule chimique lorsqu’on élève suffisamment la tem-pérature. On sait, en effet, que la chaleur est le moyenpar excellence pour décomposer les molécules com-plexes, et au moment où la séparation des atomes élé •mentaires s’effectue, ils sont les uns par rapport auxautres exactement dans le même état que les moléculessimilaires d’un gaz entre elles; et auparavant elles ontpassé par l’état liquide qui a une certaine stabilité. L’ac-tion de la chaleur ou le non-dégagement de celle quieût dû se manifester conduisent au même résultat.
Il n’y a donc aucune difficulté à admettre des corpscomposés dont les molécules, au moins à une certainetempérature, sont liquides; qui peuvent par suite êtredésunies avec une extrême facilité. Cette liquidité cor-respond d’ailleurs à une quantité de chaleur considé-rable; c’est, relativement au cas d’une combinaison ato-mique solide supposée exister, une véritable quantitéde chaleur latente de fusion qui est emmagasinée et quifournit la raison et la mesure des phénomènes observés.
Cherchons comment on pourrait déterminer cettequantité de chaleur, ou, ce qui est la même chose, ladifférence entre l’équivalent mécanique réel du pro-toxyde d’azote, par exemple, et celui résultant de lasomme des équivalents mécaniques des éléments repré-sentés par O A s. La formation de ce composé normalserait représentée parla formule suivante (en volumes):
1 0 + 2 tAz = 2 T X MO — 2 ÔT7-f 2 tOAz.
En réalité, au lieu de OA-, l’équivalent mécaniquedu protoxyde d’azote est E = OAz — T’ X 140, T’étant une quantité de chaleur latente incorporée, etl’équation devient :
/0-f-2<Ar = 2 (T — T’) 140 — 2E + 2 (OAs .
T — T’ sera la chaleur observée, qui permettra dedéterminer T’, T étant déterminé théoriquement parla première équation.
On raisonnera de même pour l’eau oxygénée ; et,dans ce cas, l’instabilité du composé, qui ne peut sub-sister qu’à basse température, la grandeur de la cha-leur observée lors de la décomposition ( l c 34y pargramme d’oxygène), et le dégagement d’un gaz aussistableque l’oxygène, indiquent bien que de grands chan-gements dans les états moléculaires peuvent seuls four-nir l’explication de ce curieux phénomène.
Conséquences de ceile distinction. — Lorsque l’on con-naîtra les équivalents mécaniques des principaux corps,
on voit que dans tous les cas analogues aux précédentson tirera la valeur des quantités T’ d’équations sembla-bles à la précédente, ou, si l’on aime mieux, la diffé-rence entre les équivalents mécaniques théoriques etceux qui appartiennent à ces composés. Ces quantités,leur grandeur et leur sens positif ou négatif, viendrontrendre raison, donner la mesure de phénomènes tout àfait mystérieux dans l’état actuel de la science. Onpourra enfin analyser les questions de groupementsatomiques, d’états de cohésion particuliers, d’isomé-rie, etc., et porter la lumière dans les parties les plusobscures, aujourd'hui, de la chimie.
Ces grands résultats et tant d'autres que procurerala comparaison des qualités des corps avec les quan-tités de travail mécanique qui les expliquent, serontobtenus en mesurant les effets calorifiques que les chi-mistes négligent systématiquement aujourd’hui. Lesplus éminents d’entre eux sentent bien que ces effet*sont en rapport avec les forces en jeu et peuvent seuls ‘conduire à leur mesure; mais on ne savait pas établir cerapport et l’inutilité des efforts tentés jusqu’ici avait faitrenoncer à ce genre de recherches les savants peu nom-breux qui avaient pu en entrevoir l’importance extrême.
On se rapprochera ainsi du but assigné à la chimiepar Lavoisier , trop oublié de nos jours, en complétantles moyens de mesure, c’est-à-dire ce qui peut consti-tuer la science véritable, permettant de prévoir et d’é-valuer. Après avoir énuméré les forces qui interviennentdans les combinaisons (et en premier lieu la chaleur),il ajoute : « Connaître l'énergie de toutes ces forces,parvenir à leur donner une valeur numérique, les cal-culer, est le but que doit se proposer la chimie : elley marche à pas lents, mais il n’est pas impossiblequ’elle y parvienne. »
Je ne m’étendrai pas davantage sur ces résultats. Encherchant à trop devancer les expériences, je craindraisde donner un caractère hypothétique à cette expositionde principes certains, destinés à servir de point dedépart à des recherches fécondes en découvertes dotoute nature.
Equivalents de divers ordres. La détermination deséquivalents mécaniques au moyen des réactions entremolécules complexes qui ne se décomposent pas, quiagissent comme corps simples (la séparation d’un acideet d’une base formant un sel, par exemple) conduit àd’autres valeurs que celles obtenues en les considérantcomme le résultat de la combinaison de leurs élé-ments simples. Il en résulte des équivalents de secondordre. Ainsi, l'équivalent mécanique de l’acide sulfu-rique SO 3 considéré comme formé de soufre et d’oxy-gène sera différent de l’équivalent SO 3 , représentantl’acide sulfurique d'un sel. Cela est parfaitement con-forme aux faits, et il est certain que le travail des for-ces d’affinité nécessaire pour constituer certains corpsneutres est très-différent à une même température decelui que ces corps peuvent produire en entrant, dansd’autres combinaisons. M. Dumas cite dans sa Philoso-phie chimique la différence des forces qu’il faut mettreen jeu pour décomposer des silicates ou pour isoler le sili-cium. Les exemples pourraient être multipliés àl’infini.
Ces deux ordres d’équivalents, loin d’obscurcir lascience, procureront d’importanteslumières sur les phé-nomènes de combinaison. Les résultats calorifiques deleur étude indiqueront l’équivalent qui devra être em-ployé, c’est-à-dire s’il y a ou non décomposition descléments, et permettront de répondrç à la question laplus ardue peut-être de la chimie aujourd’hui.
PE LA. DÉTERMINATION' DES ÉQUIVALENTSMÉCANIQUES DES COUPS.
11 résulte de ce qui précède que si l’on possédaittoutes les données qui se rapportent à la nature phv-