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Complément du dictionnaire des arts et manufactures / par Ch. Laboulaye
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TEINTURE.

TEINTURE.

active. Quand un bain est épuisé, on soutire avec dosrlraps tout l’indigo qu’il renferme; pendant cette opé-ration, qu’on arrête quand il n’y a plus de teinture, onn’ajoute plus que de la garance.

On trouve ici naturellement la supériorité de laméthode que nous avons retracée plus haut et quis'oppose à ce que les cuves vieillissent ; les cuvesépuisées peuvent être employées pour en monter denouvelles; il est préférable de monter les neuves avectous matériaux nouveaux.

La teinture systématique au moyen des cuves éche-lonnées est surtout économique dans les établissementstrès-vastes, ou dans ceux qui ne s'occupent que de lateinture en bleu d’indigo. Je l’ai vu pratiquer a laCarneille dans l’Orne avec le plus grand succès.

Cuves d'inde , dîtes encore cuves gravelées. — Ce sontaprès les cuves froides dont on trouvera la compositiont. II, de ce Dictionnaire à l’article teinture, les plussimples et les plus faciles à conduire.

Tour monter une cuve, on commence par faire bouillirdans une masse d’eau convenable une quantité de ga-rance et de son proportionnelle à l’indigo qu’on veutfaire entrer dans le bain. Après deux heures d’ébullition,on verse les cendres gravelées, qu’on fait bouillir égale-ment pendantdeuxheures ; on rafraîchit, puis on ajoutel’indigo qui a commencé sa transtormation dans unbain analogue, mais dans une petite chaudière; ongagne ainsi du temps et l’on peut éviter bien des acci-dents qui doivent nécessairement entraîner une pertenotable sur la quantité de l’indigo mis dans la cuve.En supposant qu’on veuille employer 10 kil. d’indigo,on emploiera 20 kil. de cendres gravelées, 6 kil. degarance et 2 kil. de son. Ces cuves s* nt ordinairementmontées au moyen d’une chaleur modérée.

Cuves à la potasse. — Lorsque dans les cuves d’inde on remplace les cendres gravelées par de la potasse onmonte les cuves h la potasse; on opère avec plus decélérité que par la chaux, mais les nuances sont rabat-tues par suite de la réaction de l’alcali sur la décoctionde garance.

Cuves allemandes. — On donne ce nom aux cuvesmontées avec le carbonate de sonde cristallisé et lachaux caustique pour enlever l’acide carbonique auxcristaux de soude. Tout l’avantage de cette cuve résidedans la substitution à la potasse qui coûte cher d’unalcali moins coûteux comme la soude qu’on amèue àl’état caustique dans l’opération elle même; la con-duite de l’opération est d’ailleurs assez délicate; onmonte la cuve avec 5 kil. d’indigo, 10 kil. de cristauxde soude, 2 kil. 1/3 de chaux éteinte et 1 kilog. deson. Cette cuve sert à la teinture des laines.

Qu- lle que soit la nature de la cuve, sa conduitedemande une surveillance constante; lorsqu’elle est enbon état, il ne faut pas la laisser s’altérer ; car, d’unepart, l’indigo ne se dissout que lorsqu’il peut être sous-trait au contact de l’air, et qu’il est dans des condi-tions telles qu’il s’empare de l’équivalent d’hydrogènequi le transforme en indigo blanc. D'autre part, sousl'influence d’une fermentation putride, il se décomposeet perd sa couleur; rendu soluble, il suit le mouvementmoléculaire qui détruit les matières azotées avec les-quelles il est en contact, tandis que, mis en macérationavec l’eau pure, il ne s’altère que très difticilement. Orle pastel et le vouède sont fortement chargés de prin-cipes comptant l’azote au nombre de leurs élémentsconstitutifs.

Sous l’influence d’une fermentation trop active, lescaractères du bain changeraient donc au détrônentdu teinturier. Sa couleur deviendrait analogue à cellede la bière, l’écume blanche, l’odeur fade, sans déga-gement d’ammoniaque, et si cette allure se prolongeaitpendant quelques jours, une forte odeur de matières

animales en putréfaction, accompagnée d’un dégage-ment notable d’hydrogène sulfuré, succéderait aux ca-ractères normaux, qui sont le signe d’une allure régu-lière. La chaux dans les cuves de pastel et de vouède,la pota.-sc dans les cuves d’inde , la soude dans les cuvesallemandes s’opposent à ces accidents. Mais il faut lesrenouveler. En effet, pendant l’acte de la fermentation,il se dégage de l’acide carbonique qui sature la chauxdans les cuves de pastel et l’alcali dans les autres cu-ves ; il se dépose dans les unes du carbonate calcaire ;il se dissout dans les autres des carbonates alcalins,toujours en quantités variables, d’autant plus considé-rables que la fermentation se trouve être plus active.

Les conditions dans lesquelles sont les cuves varientdonc à chaque instant. Ajoutons à cela que leur com-position change encore, non-seulement à cause du tra-vail qui prend une quantité notable d’indigo pour letransporter sur la fibre textile, quelle qu’elle soit, maisencore à cause de l’oxydation d’une partie de l’indigosoluble au contact de l’air introduit par l’atmosphèrequi baigne la surface ou qu'amène l’étoffe. Il y adonc des modifications incessantes dans la quantitéd'indigo contenu dans le bain sous forme convenableà la teinture. C’est pour régulariser cette compositionqu’on est forcé de pallier de temps en temps; l’indigorégénéré par le contact de l’air se dissout de nouveau,recharge le bain.

Mais pour teindre de nouvelles mises, il faut que lesparties insolubles se soient déposées. On comprend sanspeine qu’elles s’attacheraient aux fibres et feraient ré-serve sur les points qu’elles couvriraient. Ces manipu-lations entraînent donc de grandes lenteurs, surtoutquand les cuves sont montées depuis quelque temps etque la pâtée i pied ou fond de cuve, présente unegrande ténuité.

Le bain possède par lui-même tous les élémentspour être bien gouverné; mais ce n’est qu’à la con ii-tion d'être surveillé, de pallier en temps voulu et demaintenir les alcalis en proportions convenables pourarrêter ou ralentir des fermentations trop développées.

Malgré tous les soins qu’on apporte à ce travail, lescuves peuveut être fortes ou faibles, roules ou douces.Il faut savoir les ramener au point convenable. La cuveforte est celle qui présente un excès de chaux. La cuvedouce eu manque; le premier accident est peu dange-reux ; le second est beaucoup plus grave, car il est ac-compagné d’une destruction complète d’une partie del’indigo.

A quels signes extérieurs reconnaîtra-t on ces deuxallures? A l’état normal, la flcuréc abondante est lé-gèrement cuivrée, le bain est jaune, rôdeur franche-ment ammoniacale, sans trop de force; les bulles qu’onexcite à la surface sont rapidement écartées.

Lorsque la cuve est forte, l’odeur est fortement am-moniacale, piquante, le bain brun foncé, les bulles sontsoudées, à reflets argentés. Il y a trop de chaux; oncorrige ce défaut par une addition de sulfate de fer.Berzélius a constaté que la chaux possède la propriétéde former avec l’indigo blanc doux combinaisons diffé-rentes, l’une soluble dans l’eau, l’autre avec excès dechaux, complètement insoluble. La présence de cedernier composé dans les cuves fortes dissimule l’in-digo, mais ne le détruit pas; l’addition d’un acide pro-pre à s’emparer de l’excès de chaux le fait reparaître.L’emploi du sulfate de protoxyde de fer dans ce cas,consacré par l’expérience, équivaut à l’addition d’unacide; il se forme du sulfate de chaux et de l’indigoturesoluble.

Lorsque la cuve est douce, le bain est orangé, jaune,sale; l’odeur est ammoniacale, faible, sucrée, surtout sila cuve est neuve; il n’y a pas de fleurée. Il faut ajou-ter de la chaux pour s’opposer à la fomentation quisemble se porter sur l’indigo et l’entraîner dans une