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TEINTURE.
La curieuse matière qu’on désigne actuellement sousle nom de vert de Chine a circulé pendant assez long-temps en Europe sans qu’on ait remarqué ses qualités.11 semble résulter de quelques documents que Ban-croft, chimiste anglais en 1793, Kurrcr, chimiste alle-mand en 1801, et Gustave Schwartz en 1837, s’enétaient occupés. On avait importé sous le nom d'indigovert de petites quantités de cette matière, qui atteintencore le prix énorme de 3G0 à 500 francs le kilog.
La teinture de la soie et la teinture du colon par lemoyen du lo-kao n’a pas été sans offrir de sérieuses dif-ficultés pour les premiers qui se sont occupés de ces re-cherches. Les résultats obtenus d’abord par MM. Ch.Benner et Dupéray sur coton, parM. Dupéray sur soie,ceux de M. Michel, de Lyon , font espérer qu’entré lesmains des habiles teinturiers de nos jours, cette teinturefournira des couleurs dont nous avons fait ressortir ail-leurs tous les avantages. On trouve dans la notice surle vert de Chine publiée par les soins de la Chambre decommence de Lyon d'intéressants détails sur ces tein-tures. Nous allons en donner un extrait. Nous feronsconnaître sans commentaires les méthodes usitées enChine pour teindre directement avec les écorces, etpour teindre avec le lo-kao ; nous terminerons par unexposé des méthodes auxquelles on a recours en France aujourd’hui pour tirer parti de la matière colorante desnerpruns indigènes ou exotiques.
Teinture des toiles de coton au moyen des écorces. —Les procédés employés en Chine ont été répandus parMM. Arnaud Tison, Ilélot et Sinclair.
D’après M. Arnaud Tison, on fait infuser l’écorcependant quinze à vingt minutes dans de l’eau chaude;la toile est plongée dans le bain froid sans préparation;on l’étend la nuit sur la terre pour éviter les rayonssolaires et des températures trop élevées; la gelée pa-raît nécessaire au succès de l’opération. Pour obtenirdes nuances foncées, on passe l’étoffe à plusieurs re-prises dans le meme bain et dans les mêmes condi-tions.
D’après le P. ïlélot, l’écorce fraîche est bouillie, puisinfusée pendant deux jours; certaines espèces exigentune infusion de six jours. On opère avec deux bains sé-parés, l’un et l’autre reçoivent de l’eau de chaux.Les deux espèces hong-pi et pe-pi sont nécessaires.On plonge les toiles sept à huit fois dans les bainsde hong-pi, et trois fois dans le bain de pc-pi; onfait sécher après chaque immersion. On étend lestoiles à la tombée de la nuit; c'est là le procédé qu’onsuit dans la localité nommée A-zé.
A Khin-tehcou-fou, les procédés diffèrent : on faitbouillir l’écorce fraîche du pe-pi-lo-chnu avec 03 gr. depotasse pour 100 kilog. de liquide ; on plonge les toilesdeux ou trois fois dans le bain ; on fait sécher au soleilaprès chaque immersion. Dans la province de Cantonon fait usage d’alun au lieu de potasse ou de chaux.Si les deux méthodes d’A-zé et de Khin-tehcou-fousont différentes, c'est que dans cette dernière ville onveut seulement teindre la toile, tandis qu’à A-zé lateinture n'est qu’un moyen particulier pour la prépa-ration du lo-kao; les écorces des deux variétés de ner-pruns sont alors nécessaires.
Suivant M. Sinclair, on fait bouillir l’écorce dansl’eau chaude ; on maintient l'ébullition pendant ’\neheure; on ajoute à la fois de la potasse et de l’alun ; ondécante, on filtre, on laisse reposer pendant une nuit,puis on trempe les pièces dans îe bain; on les étendsur le soi à l’air libre pour les faire sécher, mais lematin, à l’heure où le soleil est le moins ardent. Il fautfaire p.asser très-souvent l’étofi’c et sécher une ving-taine de fois afin d’obtenir une nuance foncée.
teinture au moyen des nerpruns. M. Michel a remar-qué que, par suite de l’immersion dans un bain d’écorcede nerprun et de l’extension sur le pré pendant la nuit,lY.tofic prend un endroit, le coté le plus exposé mémoà la radiation nocturne. Ce phénomène paraît être dû,d’après M. Mercer, au transport à travers l’étoffe, surla surface supérieure par suite de l’évaporation spon-tanée, .d’une plus grande quantité du principe coloréentraîné par l’eau qui l’a dissous.
Teinture des cotons au moyen du lo-kao. — Malgré sonprix très-élevé, même à la Chine , le lo-kao sert àteindre en nuances claires les étoffes les plus com-munes. 7 à 2I centimes de lo-kao suffisent, d’aprèsM. N. Rondot, selon l’intensité de la nuance, pourteindre un mètre carré. À Sou-tchéou-fou et à Chang-Hai, la méthode est la suivante :
Le lo -kao est dissous à chaud dans de la potasso{cendres lessivées) ; la toile bien lavée doit être plongéedans le bain, dont la température est maintenue vers50 à 60 degrés, tordue à la cheville, éventée, plongéeune seconde fois, tordue de nouveau, rincée dans l’eauclaire ot séchée par l’exposition à l’air libre. La forcede la potasse doit être très-variable, puisque dans lesdifférentes recettes son poids varie poiir lOOgram.de lo-kao de 1000 gr. à 30 gr. seulement.
Le coton se teint aussi très-bien dans un bain forméde lo-kao, dissous dans le sulfhydrate d’ammoniaque;mais comme il faut oxyder à l’air, on n’obtient de colo-ration qu’à l’aide de manœuvres coûteuses.
Le meilleur procédé, tant pour la facilité de l’opéra-tion que pour la régularité des produits, consiste àfaire dissoudre 50 à 00 gr. de savon blanc dans )0 lit.d’eau, à délayer une quantité convenable de lo-kaogonflé on purifié ; on chauffe le bain dans lequel il suf-fit de plonger les fils ou les étoffes de coton.
Nous n’aurons pas occasion de parler de l’impres-sion ; son application par voie mécanique sur les tissusde colon est des plus élémentaires. 11 suffit, en effet,d’imprimer sur calicot alimé ou non aluné de l’eau degomme, dans laquelle on a délayé, soit du lo-kao brut,soit du lo-kao purifié, soit des laques alumineuses, letout avec ou sans addition d’acétate d’alumine, d’alun,ou de l’un des agents employés dans la teinture. Pourpurifier le lo-kao, on le fait dissoudre dans le carbonatede potasse, pour obtenir une dissolution concentrée,qu’on laisse éclaircir, qu’on décante et qu’on étend en-suite de beaucoup d’eau pour précipiter la matière co-lorante, On peut aussi traiter une partie de lo-kao gon-flé par une fois et demie son poids d’acide acétique ducommerce, qui dissout les bases carbonatées et phos-phatées ; on délaye le tout dans 500 parties d’eau ; onobtient une liqueur très-chargée de matière colorante,que l’on filtre et qu’on précipite par l’ammoniaque; lanouvelle laque se dépose, surtout si l’on a versé quel-que peu d'alun dans la liqueur acide.
On peut encore imprimer une solution épaisse doîo-kao faite dans le protochlorure d'étain acide, sé-cher et passer le calicot dans un bain clair d’acétatede chaux saturé de chaux ; ou bien former une solutionconcentrée de lo-kao dans du savon, l’épaissir, l’impri-mer et vaporiser le tissu chargé du mélange.
Teinture des soies et des tissus de soie. — Il n’est pasdouteux qu’on ne puisse teindre les soies avec le lo-kao ; il n’est pas moins démontré qu’on peut employerà cet usage l’écorce même du nerprun de la Chine . Ilparaît certain, d’après des témoignages dignes de foi,que le lo-kao sert surtout pour teindre les étoffesde choix : le siège de cette industrie est, en Chine , aSou-tchéou-fou et à Hang-tchéou-fou. Au reste, d a-près les renseignements qu’ont fournis le père Ilélot etle rév. M. Kdkins, la méthode à suivre pour teindrela soie avec l’écorce ou le lo -kao ne diffère pas, comme