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HISTOIRE DU COMMERCE DE L’EUROPE
SecondeObjectioncontre leCo ■nmer ce
fies laïcs.
On peut répondre d’une maniéré plus concise à la seconde objection ,parcequ’elle prend en quelque façon la premiere pour fondement: 11 y alieu de douter , dit-on, que le pajsage par le Cap de Bonne-Espérance peutêtre nommé avec raison la découverte des Indes Orientales, puisqu elles étoientconnues long-teins auparavant , qu'on y alloit , S que l’on f aijoìt commerce desproduisions & des manus allures qu on en apportoit. On peut encore douter Jice Commerce par cette voie a été avantageux à F Europe en général, parce-qu’il a donné lieu à une plus grande consommation des produltions des Indes, queVon a toujours achetées, V qu il faudra toujours acheter, en grande partie ,argent comptant. C’est un aussi grand bien d’arrêter un commerce rui-neux, que d’en encourager un qui est avantageux; & par conséquent ondoit regarder comme un désavantagé évident l’augmentation d'un com-merce, où la balance est à notre préjudice. On appuyé ces raisons deTexpérience: à mesure que le commerce avec les Indes est devenu plusaisé & plus direct, les marchandises des Indes ont aussi été plus deman-dées , comme esta est naturel ; & l’augmentation des demandes en a haussési fort le prix, que quoiqu’elles soient apportées par les Européens, nousles payons aussi cher que dans que nous ne faisions point ce com-
merce par mer, & que nous rëïfvions ces marchandises par la voye deterre (a). Sur le tout, ce commerce étant un commerce auquel l’Europeperd, l'augmenter c’est grossir la perte qui devient encore plus gran-de par la hausse du prix des marchandises & des manufactures. 11 s’ensuit
de-
(«) Muni, Dise. of the East India Trade.
riches marchandises de l'Orient; & si vous demandez ce qu’on entend par- là, on vous étaleles pierr.es précieuses, les épiceries, les soyerics &c. Si vous demandez encore, pourquoion les appelle des marchandises riches, on vous répond que c est parcequ’elles se vendentfort cher Ceux qui envisagent les choses fous un autre point de vue changent le terme,& difcnt’que comme ces marchandises ne font pas nécessaires à la vie, elles n’ont aucu-ne valeur réelle. Si vous demandez ce qui a de ia valeur , on vous répond que c’estY argent , ou les especes, pareequ’on peut en acheter en tout teins & en tous lieux cedont on a besoin pour la vie. On conclut delà que ce sont les Habitans des Indes, quifont un gain réel, pareequ’ils reçoivent de l’argent, & que ceux qui commercent aveceux font les perdans, parcequ’iis en donnent. Un peu de réflexion fera sentir quel’o-pinion domine dans le cas des uns & des autres. S’il est certain, comme effectivementil n’est rien de plus certain, que dans l’opinion des hommes, depuis les premiers sié-cles jusqu’à nos jours les pierres précieuses , les épiceries , les soyeries Le.ont passé pour des choses de valeur, ou , ce qui revient au môme, qu’on a pu les vendreC>u les échanger pour de grosses sommes, c’est-à-dire pour de grandes quantités cl’argent,il s’ensuit évidemment qu’en acquérant ces marchandises nous acquérons des choses devaleur, à moins que ceux'qui soutiennent le contraire ne trouvent !e secret de changerles .opinions du genre humain, & de persuader à tout le monde que Y argent est la seu-le chose qui vaille la peine d’être recherchée , ils disputent sur les mots & non fur leschoses. 11 ne se peut même rien de plus puérile que d’cnvier aux Indes la possession deçe qui*leur paroît de prix, en échange de ce que les autres Nations regardent commetel: fur-tout st l’on considère que cet argent, pour lequel nous nous disputons, estala rigueur aussi peu & même moins nécessaire à la vie, que les marchandises qui viennentdes indes; nous mangeons, nous buvons, nous portons celles-ci, au-lieu que les fa-des font misérables, L couvent leur argent fans en faire usage.