5 S2 COMMERCE DES ETATS DTTALIE
Mais c’étoit sur-touc d’Egypre, tant qu’elie fut soumise aux Empereurs ,que les Grecs recevoient une prodigieuse quantité de marchandises pré-cieuses (sl). Les habitans de Constantinople étoient trop riches Ôc tropparesseux, pour les transporter avec leurs propres vaisseaux dans toutes lesparties de l’Europe où on les demandoit, de forte que ce fut - là le par-tage des Etats d’itaìie. Par-là nous voyons que st les Grecs s’enrichi-rent par ce commerce , les Vénitiens , les Génois, les Florentins , &]es autres Etats maritimes d’Italie furent redevables de leurs richesses àleur Marine (b). C’est ce qui leur fournit les moyens d'équiper de siformidables Flottes, de fe rendre maîtres de plusieurs Isles fertiles, &dedivers Ports commodes en Asie & en Europe, tandis que les Grecs, con-tens du secours passager qu’ils tiroient de tems en tems des Escadresqu’ils prenoient à leur service, ne firent aucune attention au dépérissementde leur propre Marine, & ne regrettèrent pas les avantages dont les rusésItaliens profitoient par leur négligence & leur inaction. Tant qu’iîs pu-rent élever de magnifiques bâtimens pour satisfaire leur penchant pour lapompe & la splendeur, & se livrer avec quelque tranquillité à leur luxeexcessif & dispendieux , tout alla bien dans leur opinion , & ils a-voient la vanité de fe croire le plus grand & le plus puissant de tousles Peuples, tandis que chaque jour leur fournifToit de nouvelles preu-ves de la faiblesse, dont leur mauvaise politique étoit le princi-pe (0 (*).
Ap-an- Ce fut par cette imprudente conduite que l’Empire Romain, ainsi<}i A”l cnt . qu’ils l’appelloient , ou l’Empire Grec, comme tout le reste du monde leSar-nommoit, fut à la fin entierement ruiné, comme par une fuite des mê-rasins £?* mes fausses mesures il avoir perdu longtems auparavant l’Egypte, cetteruine de Province si importante, qui lui avoit été enlevée par une Puissance quin’au-ceìui des roit jamais pu s’élever, si ceuxqui étoient á la tête des affaires à Constanti-Grecs- nopìe a voient eu sombre de prévoyance & de fermete. Nous sommes obli-ges ici de reprendre les choses d’un peu plus haut, & de suivre le fil decette Histoire exactement, quoique a’une maniéré concise, pour fairevoir combien le Commerce de l’Orient est avantageux à ce Pays , &comment, nonobstant de fréquentes interruptions, il fe releve toujours,
Ôc
(<*) Cod. Theodos. L. XIII. Tit.'V. Leg. (c) Cedren. Zonar. Luìtprand, Ticin.14-32. L. I. Ch. 2.
(b) Clan d. Barthol. Morìfoti > Orbis maritimus.
(*) L’accroiíïement de la Navigation & des forces fur mer des Vénitiens & des au-tres Etats d’italie fut uniquement dû à l’adresse avec laquelle ils furent profiter de l'indo-lence & dévia folie des Grecs; mais la trop grande confiance qu’ils eurent en ces forces ,& le peu d’attention qu’ils firent à la source d’où elles tiroient leur origine , les empê-chèrent d’aílìster les Grecs, comme ils auroient dû, s’ils avoient consulté leurs vérita-bles intérêts: & ils s’apperçurent d’autant moins de leur erreur, que pendant longtemsils gagnèrent autant avec les Turcs & les Sarrasins, & ensuite avec les Mamelucs, qu’ilsavoient fait avec les Grecs, lis s’en apperçurent à la fin, mais trop tard; il n’étoitplusen leur pouvoir de donner la loi, ni d’êviter de la recevoir bientôt eux-mêuies (1).
(1) V, Fsurnicr, H/tlogiaphie. L. XI« Ch, 39,