583 COMMERCE DES ETATS D’ITALIE
Indes ( a ). C’est ainíi qu’en fort peu de tems, & fans une Marine fortconsidérable , les Arabes firent plus que les Grecs & les Romains n’a-voient fait pendant un grand nombre de siécles, & il est très-apparentqu’ils auroient pouffe les choses bien plus loin de ce côté-là, fii’arrivée'desPortugais dans cette partie du Monde n’avoit d’abord arrêté leurs pro-grès , & ne les avoit fort affoiblis dans la fuite. Ils ne laissèrent pasnéanmoins de profiter de leur bonne fortune tant quelle dura, & de fai-re tout le Commerce de l’Orient avec l’Ëurope, en excluant toutes lesautres Nations de la Navigation fur ces mers, deforte qu’ils faifoient desprofits immenses. Les Indiens portoient par terre à Cabul & en d’autreslieux, & par mer à Bassora & à Liras toutes les marchandises des Indes& de la Chine. Les fourrures venoient en Syrie par l’Aderbejan , leCurdistan, & les autres Pays plus au Nord. On en tiroit aussi beaucoupde la côte de Barbarie, & par la voye de la Mer Rouge. qui faifoit fleu-rir le commerce dans toute l’Egypte. 11s tiroient aussi de la poudred’or des mêmes endroits , & des mines de Sofala, que les Negres quitrafiquoient en Egypte leur apportoienc p^r la route du Désert, ou dePort en Port jufqu’à la Mer Rouge, de Ceylon & des Indes. Par leurtrafic avec les Marchands Chinois & Indiens ils avoient des soies ,de riches étoffes, d’autres manufactures , des drogues A des épice-ries (b) (*).
Comment Ce fut avec ce riche fonds de marchandises qu’ils firent par la voyeAlexan- à Caire un fort grand commerce avec les Vénitiens, les Génois, lestacentrede Catalans & les Grecs, ce qui fe pouvoit aisément en rétablissant l’Echel-kurcom • le d’Alexandrie; ce Port, fans reprendre tout-à-fait son ancienne splen-meree avec deur , ne laissa pas de devenir encore célébré,-en devenant comme il i’a-te Euro- yoît été autrefois le centre du commerce entre i Orient & 1 Occident. IIpéens.
(à) D'/IrgensoIaHiQ.. dela Conq. des Isles (/-) Marc Snnudo Sécréta fìdd. cruels. P.
Moluq. T I. L. I. I. L. I. Cap. i.
(* j II est impossible de donner dans le peu d’étendue de ce Chapitre , une Histoireexacte de toutes les révolutions de ce Commerce ; tout ce que nous nous y proposons, c’estd’assigner les causes de ces révolutions, de faire voir qui ont été ceux qui en ont pro-fité, & de quelle maniéré leurs profits se font accrus Après que la puissance des Ma-hométans fut bien établie dans l’Orient, toutes les marchandises & les manufactures desIndes, qui fe transportoient par mer, venoient ou dans le Golphe Arabique, d’où el-les passoient par l’Jìgypte à Alexandrie, ou elles abordoient à Ormus, & âe-Ià par leGolphe Perílque á Balsora ou Bassora, d’où elles fe transportoient par les Caravanes àAlep. Tant que l’autorité des Califes subsista dans toute fa force, cette route eut la pré-férence, & la meilleure partie des marchandises des Indes qui venoient en Europe, s’a-chetoient à Alep par les Marchands Italiens, & sur-tout par les Vénitiens; mais aprèsque l’Egypte eut secoué le joug des Califes , presque tout le commerce y passa, &tomba entre les mains des Vénitiens 1 , qui eurent grand foin de faire croire au reste del’Europe, que les Sarrasins & les Marnâtes étoient le Peuple le plus féroce & le plusintraitable du Monde, & par ce moyen ils demeurèrent presque entierenient maîtres dece commerce (i)..
(i) C Hjtn Hist. des laits, P. III, Ch, I, § 5,