AVEC LES INDES ORIENTALES, Liv. XVII. Chap. III. 593choses si loin, & offrirent au Prince Mahométan ÍI ouvertement, &enmême tems de fi bon cœur, parceque leur intérêt le demandoit, tout cequi étoit nécessaire pour équipper une Flotte , afin de chasser les Chré-tiens des Indes ; que si le Sultan eût agi pour íes intérêts avec une vigueurqui eût approché un peu de la leur pour leurs intérêts, il y a beaucoup d’ap-parence qssil auroit pu réussir, parcequ’en ce tems-là les forces des Maho-métans dans les Mers des Indes, étoient fort supérieures à celles que leRoi de Portugal pouvoit y envoyer (a). Mais ceux qui ont tant soit peude pénétration, démêlent dans ces sortes d’événemens la direction d’unePuissance Suprême, contre laquelle toute la politique & toutes las forcesdes hommes font inutiles.
Le Sultan d’Egyptene se trouvoìt gueres en état d’entreprendre laguerre, & bien que vivement sollicité par ceux de sa Religion qui é-jtoient dans les Indes, & par ceux qui en Europe préféroienc l’intérêcà toute Religion, il appréhenda de s’attirer toute la Chrétienté fur lesbras , s’il attaquoit les Portugais, & il perdit par-là le moment, pourainsi dire, où il auroit pu les attaquer vraisemblablement avec quelqueespérance de succès. Tbomam Bey, son Successeur, fut le dernier Sultande la seconde Dynastie des Mamelucs, & il périt avec son Empire parles armes de l’Empereur Ottoman Selim I. ( b ). Par-là l’Egypte fut an-nexée à l’Empire Turc, dont elle a toujours été depuis une Province ;
mais
(a) Hist. de l’Empire Ottoman. P. II. L. I. (I) Vannel, Hist. des Turcs. T. It. p. 277.
étoit redevable de ses richesses, de son crédit, & de fa puissance sor mer. Mais ton-te grande qu’étoit cette perte elle ne justifie pas ce que l’on rapporte dans le Texte ,que les Vénitiens animèrent le Sultan d’Egypte à chasser les Portugais des Indes,tandis qu’il en avoir encore le pouvoir, & avant qu’ils fussent en état de lui résister:plusieurs Auteurs rassurent, & disent qu’ils fournirent le bois, l’artillene & les ea-noniers, pour la Flotte que le Sultan faisoit équipper dans ce dessein (1). D’autrepart, il y a des Auteurs qui le nient, & qui prétendent que cette accusation est unepure calomnie (2). 11 y a néanmoins quelques circonstances , qui n’ont pas été bienéclaircies; celle-ci, par exemple, que le Sultan se soit trouvé en état dans une con.joncture fi épineuse d’équipper d’abord une puissante Escadre sor la Mer Rouge,tandis que les matériaux nécessaires étoient la feule chose qui manquoit aux Egyptiens :il est vrai que ce Prince nvoit d’autres endroits dans ses Etats , qui produisoient assezde bois de construction; mais celm qu’on employa pour construire des vaisseaux & desgalères dans cette occasion, de même que les canons & les autres choses nécessaires,furent transportées d’Alexandrie par terre 3; ; ce qui semble indiquer, que quelques’lins des Voisins du Sultan s’intéressoienc fort à son malheur, & étoient disposés à l’ai.der, car fans cela les préparatifs pour cette expédition auroient pris plus d’annéesqu’on n’y mit de mois ; mais comme le succès ne répondit pas à l’attente, il y a de]a prudence à désavouer le fait. Environ seize ans après, lorsque les Portugais étoientdéja solidement établis, en forte qu’ils envoyoient tous les ans des Flottes aux Indes,& qu’ils en recevoient de ces Contrées Orientales, les Vénitiens envoyerent uneAmbasfade à Ematmel Roi de Portugal, pour lui demander d’être Ceuls admis â acheter les épi-ceries qui resteroient, après que sos Sujets en seroient pourvus (4); mais cette négocia-tion n’aboutit à rien, comme l'on devoir bien s’y attendre.
fi) ILa Clede Hist. Gen. du Pcutugal, T. I. quêtes des Portugais, T. I. p. 387.
£. 57S, édit. m 4 W. (3) Hkíí, Hist. duComm. des Aac. p. jn.
(2) L<tfiuu, Hist. des Découvertes Se des Con- (4! Eman. Sonja, L. IV, Cap. 10.
Tome VL F f f f
Ce Pré-et échoue.