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22 (1764) L' histoire des découvertes, des conquêtes, et des établissemens des Hollandois, des Danois et des François dans les Indes orientales ...
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III.

Fâcheusesituationde la Co-lonie deTranque-bar.

122 , COMMERCE, COLONIES &c. DES DANOIS

choses odieuses , nous ny insisterons pas davantage , & nous repren-drons le fil de lHistoire , lon verra que les Anglois ont été pourles Danois de meilleurs voisins, que dautres Européens, qui ne íè firentpas une peine de profiter de leur détresse (a) ; au-lieu que nos compatrio-tes

(a) Harrìs Voyages, p. 977.

,, dois Après les saluts ordinaires, ils entrerent en mer, & nous courûmes jusquà la vue de Sur z, qui e(t au fond du Golphe. Passant entre Zihid, qui est une ville ou-

,, verte sur la côte du Royaume dAbyssinie, sous le Tropique du Cancer , & Piste de

Sahesa, qui est de lautre côté du Golphe, au-dessus de la Mecque en Arabie, nouadécouvrîmes une Frégate Angloise, qui servoit de convoi aux Marchands qui trasi- quoient dune des côtes à lautre. Ceux de la Frégate vouloíent nous faire une querelle,

nous menaçant de nous livrer comme des Corsaires aux gens du Pays, mais voyant

que nous nous préparions au combat ils nous laissèrent passer. Enfin, après avoir rangé,, tout le Golphe, nous prîmes notre cours vers son entrée; & étant á quinze degrés,, de Latitude Septentrionale proche de Piste de Zeiban, qui est entre Zihit en Arabie,

& Mazua fur la Côte dAbyssinie, notre Barque rencontra un Vaisseau Maìabare, qui avoir trente hommes à bord, outre les passagers, & qui passoit dArabie à Arquico .

,, Cette Barque avoit douze fauconneaux , elle étoit chargée de draps décarlate dor &

dargent, outre beaucoup dargent, dont la plus grande partie appartenoit à un Sei-,, gneur Abiffin, quivenoitde se marier dans P Arabie Heureuse. Sa femme, qui étoit,, aussi sur la Barque, étoit belle & jeune, ayant une veste de satin rayé de blanc & de,, rouge avec une espece de justaucorps dhomme de la même étoffe, qui lui defcen- doit jusquau jarret, un petit turban rouge & blanc sur la tète, & dessous le turban une coëffe blanche de mousseline fort fine. Lhabit du mari étoit de velours cramoisi,

,, avec des ganses dor ; & ses domestiques au nombre de douze avoient tous des habits rayés également du haut au bas de blanc & de noir, avec des turbans & des cymeter-,, res. Les voiles du Vaisseau étoient de nattes comme celles des Malabares & des Ja-,, ponoïs. Le nom du Capitaine étoit Lalo. Aussitôt que notre Barque les eut décou-,, verts, elle hissa le Pavillon rouge au haut de la hune, & tira un coup de canon, pour,, avertir notre Vaisseau que nous avions apperçu une Voile; après quoi nous lui donná- mes la chasse, jusquà ce que nous fussions à portée ; on envoya dabord ordre au Vaisseau étranger damener les voiles, & de mettre bas les armes, & fur leur refus la 'Barque leur lâcha quatre canons, qui les mirent à la raison , mais tur-tout lorsque no-,, tre Vaisseau les aborda; alors ils demsnderent à capituler, & se rendirent à condition quon ne feroit aucun mal au Seigneur nouveau marié, à sa suite, ni au Vaisseau. Ce,, qui ayant été accordé, nous fîmes venir Lalo à bord de notre Vaisseau, & apporter avec lui tout Iargent que nous trouvâmes fur son Vaisseau , avec quelques pie ces de drap décarlate, & huit vaches, leur en laissant quatre avec leurs provisions & leur eau, qui étoit dans de grandes jarres, & une partie considérable de leurs effets;Par- gent comptant, qui alloit à deux-cens mille écus, contenta lavarice de notre Capitai- ne, qui lui avoit fait entreprendre ce voyage. Ayant pris congé les uns des autres,

nous fîmes route pour retourner en France ; mais la fortune , qui nous favori- - soit au-delà de ! nos vœux, nous amena entre les mains ua Vaisseau marchand qui,, alloit du Cap Ouardafu à Xocl, & qui étoit fans défense; nous en étant rendus,, maîtres fans résistance , nous en tirâmes la plupart des marchandises, qui con si - sloient en étoffes de foie, en cotons de toutes fortes de couleurs, avec de la foie crue & du coton, laissant aller le Vaisseau & les Marchands il leur plût. Nous, fîmes voile de- pour Madagascar, & sans aucune rencontre digne de remarque nous vin- mes mouiller au Port de Sain te-Lucie, au commencement de Novembre 1643 , &

,, débarquâmes dans notre Colonie de Saint Pierre. Ce goût de faire des prises aété fatal aux Nations qui sy font livrées, & fur-tout aux Portugais: desorte que filesPanois y ont donné réellement, ne faut pas être surpris de la décadence de leur Co-lonie,- pareeque personne ne se fie gueres à des gens qui font moitié Marchands, moi-tié Corsaires.