SsCTtON
III.
Fâcheusesituationde la Co-lonie deTranque-bar.
122 , COMMERCE, COLONIES &c. DES DANOIS
choses odieuses , nous n’y insisterons pas davantage , & nous repren-drons le fil de l’Histoire , où l’on verra que les Anglois ont été pourles Danois de meilleurs voisins, que d’autres Européens, qui ne íè firentpas une peine de profiter de leur détresse (a) ; au-lieu que nos compatrio-tes
(a) Harrìs Voyages, p. 977.
,, dois Après les saluts ordinaires, ils entrerent en mer, & nous courûmes jusqu’à la„ vue de Sur z, qui e(t au fond du Golphe. Passant entre Zihid, qui est une ville ou-
,, verte sur la côte du Royaume d’Abyssinie, sous le Tropique du Cancer , & Piste de
„ Sahesa, qui est de l’autre côté du Golphe, au-dessus de la Mecque en Arabie, nouadécouvrîmes une Frégate Angloise, qui servoit de convoi aux Marchands qui trasi-„ quoient d’une des côtes à l’autre. Ceux de la Frégate vouloíent nous faire une querelle,
„ nous menaçant de nous livrer comme des Corsaires aux gens du Pays, mais voyant
„ que nous nous préparions au combat ils nous laissèrent passer. Enfin, après avoir rangé,, tout le Golphe, nous prîmes notre cours vers son entrée; & étant á quinze degrés,, de Latitude Septentrionale proche de Piste de Zeiban, qui est entre Zihit en Arabie,
„ & Mazua fur la Côte d’Abyssinie, notre Barque rencontra un Vaisseau Maìabare, qui„ avoir trente hommes à bord, outre les passagers, & qui passoit d’Arabie à Arquico .
,, Cette Barque avoit douze fauconneaux , elle étoit chargée de draps d’écarlate d’or &
„ d’argent, outre beaucoup d’argent, dont la plus grande partie appartenoit à un Sei-,, gneur Abiffin, quivenoitde se marier dans P Arabie Heureuse. Sa femme, qui étoit,, aussi sur la Barque, étoit belle & jeune, ayant une veste de satin rayé de blanc & de,, rouge avec une espece de justaucorps d’homme de la même étoffe, qui lui defcen-„ doit jusqu’au jarret, un petit turban rouge & blanc sur la tète, & dessous le turban„ une coëffe blanche de mousseline fort fine. L’habit du mari étoit de velours cramoisi,
,, avec des ganses d’or ; & ses domestiques au nombre de douze avoient tous des habits„ rayés également du haut au bas de blanc & de noir, avec des turbans & des cymeter-,, res. Les voiles du Vaisseau étoient de nattes comme celles des Malabares & des Ja-,, ponoïs. Le nom du Capitaine étoit Lalo. Aussitôt que notre Barque les eut décou-,, verts, elle hissa le Pavillon rouge au haut de la hune, & tira un coup de canon, pour,, avertir notre Vaisseau que nous avions apperçu une Voile; après quoi nous lui donná-„ mes la chasse, jusqu’à ce que nous fussions à portée ; on envoya d’abord ordre au„ Vaisseau étranger d’amener les voiles, & de mettre bas les armes, & fur leur refus la„ 'Barque leur lâcha quatre canons, qui les mirent à la raison , mais tur-tout lorsque no-,, tre Vaisseau les aborda; alors ils demsnderent à capituler, & se rendirent à condition„ qu’on ne feroit aucun mal au Seigneur nouveau marié, à sa suite, ni au Vaisseau. Ce,, qui ayant été accordé, nous fîmes venir Lalo à bord de notre Vaisseau, & apporter„ avec lui tout I’argent que nous trouvâmes fur son Vaisseau , avec quelques pie ces de„ drap d’écarlate, & huit vaches, leur en laissant quatre avec leurs provisions & leur„ eau, qui étoit dans de grandes jarres, & une partie considérable de leurs effets;Par-„ gent comptant, qui alloit à deux-cens mille écus, contenta l’avarice de notre Capitai-„ ne, qui lui avoit fait entreprendre ce voyage. Ayant pris congé les uns des autres,
„ nous fîmes route pour retourner en France ; mais la fortune , qui nous favori- -„ soit au-delà de ! nos vœux, nous amena entre les mains ua Vaisseau marchand qui,, alloit du Cap Ouardafu à Xocl, & qui étoit fans défense; nous en étant rendus,, maîtres fans résistance , nous en tirâmes la plupart des marchandises, qui con si -„ sloient en étoffes de foie, en cotons de toutes fortes de couleurs, avec de la foie crue„ & du coton, laissant aller le Vaisseau & les Marchands là où il leur plût. Nous, fîmes„ voile de-là pour Madagascar, & sans aucune rencontre digne de remarque nous vin-„ mes mouiller au Port de Sain te-Lucie, au commencement de Novembre 1643 , &
,, débarquâmes dans notre Colonie de Saint Pierre.” Ce goût de faire des prises aété fatal aux Nations qui s’y font livrées, & fur-tout aux Portugais: desorte que filesPanois y ont donné réellement, iì ne faut pas être surpris de la décadence de leur Co-lonie,- pareeque personne ne se fie gueres à des gens qui font moitié Marchands, moi-tié Corsaires.