128 COMMERCE, COLONIES &c. DÈS DANOIS
S-ction Nous devons aux Lettres de ces illustres Missionnaires la Relation Ia'plusIV. ample, la plus claire & la plus sure que nous ayons de ce Pays, en y com-Mjsum de p renant j es Etats du Prince Indien qui en est le Souverain, aussi bien quetoerí- 2 ' ^ Colonie Danoise, dont il s’agit proprement ici. La Principauté de Tan*^ - jour s’étend en longueur d’Orient en Occident environ cent milles d’Angle-
Descrip- terre, sur à peu près soixante-à en largeur du Sud au Nord. C’est untion de la p a y S fort peuplé, & les Gentils font ici, comme par-tout ailleurs, adroits,talTde s im P^ es & infatigables. Le revenu ordinaire du Rajah est d’environ septTanjour. ou huit-cens-mille Pagodes ; mais on croit qu’ìl a des sommes immensesdans son trésor, comme les autres Princes Indiens {a). II a toujours cent-quarante Eléphans dressés, avec environ trois-cens Chevaux & un petit Corpsd’Infanterie ; mais quand il a envie de faire la guerre, il peut avec son ar-gent lever presque autant de monde qu’il lui plait ; & sûrement trente ouquarante-mille hommes fans difficulté. II ne laisse pas d’être Vassal duGrand-Mogol, qui tire souvent de grosses sommes de lui, outre le tribut
or-
(d) Tanmter, Le Bruyn , D t lion &c.
afin de pouvoir disputer d’éloquence avec leurs adversaires. Leurs Grammaires, leursDictionnaires, & leurs Traductions'prouvent qu’ils surmontèrent cet obstacle, & qu’ilsapplanirent les voies à leurs successeurs (i). Us trouvèrent une grande froideur dansleurs compatriotes de Tranquebar > & un mépris général pour leur projet, comme en-trepris par des gens qui ignoroient absolument les circonstances qui le refîdoient impra-ticable. En peu de tems ils en triomphèrent, & en ménageant bien de petites charités,ils s’en procurèrent de plus considérables de différens endroits, & sur-tout d’Angleterre ;l’Archevêque Tennifim & la Société pour la propagation de la connoissance de Jésus-Christ,entrerent avec zele dans leurs vues, & leur procurèrent une Imprimerie complette avec unImprimeur, qu’on leur envoya; ils eurent encore beaucoup à se louer de ceux qui é-toìent chargés des affaires de la Compagnie Angloìse auFort Saint-George (2). 11 s ren-contrèrent cependant d’autres obstacles : Jes jésuites & leurs créatures débitèrentcontre eux quantité de calomnies', qu’ils réfutèrent par la pureté de leur Doctri-ne , l’innocence de leur vie, & les progrès de leur Million, qui surpassèrent tou-te attente (3). Le Rajah de Tanjour & la malice implacable des Maures s’opposoientaussi à leurs travaux. Peu à peu ils adoucirent les uns & les autres, en ne leur ren-dant pas injure pour injure, & en faisant briller dans toute leur conduite cette modestie,cette humilité & cette charité universelle, qu’ils recommandoient dans leurs Discours(4).11 n’y avoir qu’un seul obstacle, qu’il n’étoit pas en leur pouvoir de vaincre , qui leurdonna plus de peine & retarda leurs succès plus que tout le reste, c’étoit la corruptiongénérale des Chrétiens, qu’on leur objectoit, dont ils ne pouvoient disconvenir, & qu’iln’étoit pas en leur pouvoir de réformer; mais ils ne furent pas plus malheureux à cet é-gard, que ne l’avoient été les Portugais, suivant le témoignage de François Xavier Q 5);car â son arrivée à Goa, il jugea à-propos de prêcher PEvangile à ses compatriotes, a-vant que d’entreprendre la conversion des Payens, parcequ’il trouva que leur vie res-sembloit plus à celie d’ídolâtres que de Chrétiens. Cependant la régularité de la con-duite & la vie exemplaire des enfans Malabares élevés dans les Ecoles de Charité denos Missionnaires , font voir aux Naturels quels effets les principes du Christianismeproduisent dans la pratique , & leur apprennent la différence qu’il y a entre de vé-ritables Convertis , & ceux qui ne font tels que de nom, pour se procurer quelque lé-ger avantage.
( 1) Account of tire Religion 8cc. of tbe Mala- (s) Lett. Edif. S- Curieus. T. XIV. p. 481,4*2.bariaus, p. 27-25. _ La Crcz.e, 1 . c. 5!4>
fz) Croz,c t n "'ft » du Christ» des Indes, p* s4) Celta ct Veitigia Danorumin Oriente p 74,
í5 á, íí 7. O J Vie de Fr, Xavkx, ’ *