134 COMMERCE, COLONIES à DES DANOIS
Section II faut à-présent faire la description de la Ville & de la Forteresse dsTranquebar, ce que nous n’aurions pu faire auffi clairement, si nous n’a-Míjjwn de v j ons pq t p r é c éder celle du Pays. Les Missionnaires disent que cette PlacebarS! 6 " est située à onze degrés de Latitude, ^mais les Cartes Françoifes la placent
-— à dix degrés, quarante minutes, & à environ soixante-dix-huit degrés de
Etatpri■ Longitude du Méridien de Paris. La ville a entre deux & trois milles de^hf e d J a circuit, elle est entourée d’une bonne muraille de pierre, flanquée de baf-Tranque- rions bien pourvus d’artillerie , & ne court nul risque d’être prise, quel-bar. ques forces que les Gentils puissent y employer. II y a d vant la porte quiconduit dans les terres une belle Citadelle; la Forteresse du côté de la merest bien bâtie, régulière, & les bastions font bien munis de canons de fon-te : il y a ordinairement une Garnison de trois-cens hommes effectifs. Oncompte trois Eglises dans la ville, celle des Jésuites ou des Portugais, qui yétoient établis avant l’arrivée des Danois, qui les ont toujours tolérés, & onttraité les Catholiques - Romains fort honnêtement, ce dont ils n’ontpas ététrop bien payés (a). Sion est l’Eglife Danoise de la Garnison & des ancienshabitans, le Service s’y fait en Danois & suivant le Rituel de l’Eglise de Da-nemarc. La troisième est Jérusalem , bâtie par les Millionnaires, & dédiéele 14 d’Août 1707. Le Dimanche, ils y prêchent le matin en Portugais ,& le soir en Langue Tamule ; après le Sermon on catéchise les enfans, cequi fe fait aussi le Vendredi. Les Mahométans ont une grande Mosquée,& les Gentils cinq Pagodes (b). II est aisé de comprendre par-là, qu’encomptant les Chrétiens de toutes les Sectes, les Mahométans & les Gentils,la ville doit être fort peuplée, íiir-tout en de certaines saisons , lorsque lacommodité du Commerce avec d’autres Européens y invite les Etrangers desPays voisins, qui y font souvent un allez long séjour. Nous ne trouvonsde calcul exact ni de tous les habitans ensemble, ni des Chrétiens, des Mau-res & des Gentils qui s’y trouvent. Mais quelques Ecrivains, bien in-struits des affaires des Indes, assurent qu’après Batavia, Tranquebar est laplus belle ville & la mieux bâtie que les Européens y poffedent, & ils té-moignent leur surprise, que la Cour de Danemarc n’en ait pas fait plusde cas, & ne l’ait pas à tous égards rendue plus avantageuse ; ce qui,difent-ils, pouvoit se faire en toute sûreté & sans peine ; mais fur deschoses de cette nature nous ne sommes que rapporteurs, fans rien dé-cider (c) (*).
Le
(A La Croze , I.c. p. 534,568.(S) Account &c. p. 2.
(c) Commerce des Danois aux Indes',p. 93 -
(*) On verra dans le Chapitre suivant en détail, les grandes difficultés qu’a trouvées,& la multitude d’obslacles qu’a eu à vaincre, avant que de pouvoir établir un Commerceréglé aux Indes, une Nation beaucoup plus puissante, & à la plupart des égards mieux enétat que les Danois, encouragée & appuyée même pendant une longue fuite d’annéespar le Ministère; ce qui n’a nullement été le cas de la Compagnie & de ia Colonie quifait le sujet de ce Chapitre. Si nous considérons ses succès au commencement, ils furentextraordinaires; si nous faisons réflexion fur les causes de fa décadence ensuite, elles nepourront que nous paroi tre naturelles. Cependant fur le tout il faut convenir que le s
cho-