DANS LES INDES ORIENTALES. Liv. XVII. Chap. IX. i S3pouvoit aisément trouver en France les fonds nécessaires pour faire un Com- Sectionmercè il étendu. La troisième & la plus grande difficulté étoit d’accorder H-& d’assurer la liberté & f indépendance d'une Compagnie de façon que les C ™f a 'Etrangers & les François fussent pleinement assurés de jouir de leur bien, [ e c\Jf s& qu’ils pouvoient remettre la direction de leurs affaires à des personnes Richelieuqu’ils regardoient comme dignes de leur confiance. M. Colbert peíà mûre- & M -ment le tout, & après avoir suffisamment mûri son projet, il communiqua ^°^ ert ’son plan à M. Charpentier , de f Académie Françoise, qui passoit pour une ~des meilleures plumes de France. Comme ce Mémoire est regardé com-me un Chef-d’œuvre en son genre, qu’il explique le projet clairement, &contient quantité de circonstaces curieuses , il fera bon d’en donner unExtrait, d’autant plus que .nous serons obligés d’y renvoyer souvent dansla fuite (a).
On y expose d’abord, que ce qui avoit fait échouer les Compagnies pré- Extrait dacédentes, étoit le manque de fonds, ou les mesures mal concertées pour ce I lan -l’exécution de ce qu’elles avoient entrepris ; inconvénient dans lequel il n’yavoit pas à craindre que l’on retombât, parce que l’on étoit persuadé quele Roi accorderoit une protection singulière à la Compagnie ; & que s’yintéressant lui - même avec la moitié du Royaume, on auroit plus de fondsque n’en avoit eu d’abord la Compagnie des Indes Orientales de Hollande.
A l’égard de f objection tirée des malheurs qui avoient déja ruiné troisCompagnies, on remarquoitque peu ou point d’entreprifes de cette naturen’avoient réussi d’abord. Que les Espagnols firent de grandes pertes dansleurs premieres expéditions en Amérique, ce qui ne les empêcha pas depersévérer dans leurs desseins, qui leur ont acquis l’empire du nouveau Mon-de. Que les Anglois ont vu ruiner quatre ou cinq fois leurs Colonies dansla Virginie, ce qui ne les en a pas chassés. Que la Compagnie de Hollandemême, qui surpassent íì fort toutes les autres, n’avoit pas été heureuse dansles commencemens.
. De-là passant aux avantages de fille de Madagascar, dont les Françoispoffédoient une grande partie, on assurait que pour peu qu’on prit foinde s’y fortifier , on auroit non seulement une Place, mais plusieurs quivaudraient mieux que tout ce que les Hollandois possédaient dans les In-des ; qu’on ne pouvoit nier que cette habitation ne fût incomparablementplus commode & plus sûre que celle de Batavia, où les Hollandois avoientétabli leur principale résidence; plus commode, pareeque Madagascar é-toit très - agréable , dans un climat fort doux, & avoit de tout ce qui estnécessaire à la vie ; au-lieu qu’autour de Batavia, ne recueillant presquerien, il falloit que la Compagnie y fît venir.de loin du riz, de la viande ,
& d’autres vivres nécessaires pour vingt-cinq ou trente-mille personnes ,ce qui ne pouvoit fe faire qu’avec de grands embarras & de grands fraix ;plus sûre, pareeque fIfle de Java étoit peuplée, de Nations brutales, vail-lantes & aguerries, qui faisant profession de la Loi Mahométane haïssoient
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(a) Discours d’un fidele Sujet du Roi touchant l’Etablissement d’une Compagnie Fnuvçoite pour le Commerce des indes Orientales. Raris 1664. 4W.
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