154 CONQUETES, ÉTABLISSEMENS &c. DES FRANÇOISSection & méprisoient les Chrétiens. Que d’un côté les Hollandois confínoientavec le Roi de Mataram, qui les étoit venu plus d’une fois assiéger avec^nie^fbus Lent-mille hommes ; que d'un autre côté ils avoient pour voisins ceux de/«C. de- Bantam, qui n’étoient éloignés de Batávia que de douze lieues, qui avoientRichelieu souvent fait la même chose que le Roi de Mataram. Au-lieu que tous les& M. habitans de Madagascar e'toient bonaces, & faifoient paroître beaucoup deColbert ‘ disposition à recevoir l’Evangile, tellement qu’on pouvoit fe tenir plus as-suré avec cent hommes dans Madagascar, qu’avec mille & davantage dansJava ; qu’outre cela on pouvoit dire encore que le trafic s’exerceroit avecbeaucoup moins de peine à Madagascar, puifqu’elle étoit située de façonà faire d’une maniéré commode le Commerce de la Mer Rouge,& duGol-phe de Bengale, aussi bien que celui de la Chine & du Japon.
On passoit ensuite aux moyens d’exécuter le projet dont on pre'tendoitavoir prouvé la possibilité, & l’on difoit que pour y parvenir il falloit unfonds de six millions, qui feroit employé à équiper douze ou quatorzegrands Vaisseaux depuis huit-cens jufqu’à quatorze-cens tonneaux, afin depasser un très-grand nombre de personnes dansl’Isle de Madagascar, pouren prendre possession de la bonne forte ; qu’on ne doutoit pas que Sa Ma-jesté n’y entrât pour un dixieme ; qu’on étoit de plus assuré que diversgrands Seigneurs y entreroient pour des sommes considérables ; qu’on avoicsujet de croire que Sa Majesté s’étant engagée pour un dixieme dans lepremier armement, elle en fourniroit davantage pour Iesfuivans; que SaMajesté pour encourager le projet étoit disposée aussi à remettre à la Com-pagnie la moitié du Droit des Entrées & des Douanes pour les marchandisesqui s’apporteroient des Indes ; que le Roi accorderait volontiers de porterfur fa part toute la perte qui fe pourrait faire dans les huit ou dixpremieresannées, & que ce feroit par ce grand engagement que chacun verrait si leRoi affeclionnoit véritablement cette affaire. Que les Particuliers pour-raient s’intéresser dans la Compagnie pour telles sommes qu’ils vou-draient , jufqu’à ce que le fonds fût complet, après quoi on n’y recevraitplus personne.
Que le Roi permettrait non seulement aux Etrangers de souscrire pourtelle somme qu’il leur plairait, mais accorderait à ceux qui feraient intéres-sés au-dessus de dix-mille livres (ensuite on mit vingt-mille livres) le droitde naturalité, sans qu’ils eussent besoin d’autres Lettres, au moyen dequoileurs parens, encore qu’Etrangers, pourraient hériter deux en France ; &qu’en cas qu’il arrivât une rupture entre cette Couronne & les Etats dontils feraient Sujets, leurs effets ne pourraient être saisis ni confisqués enconséquence de la guerre. Que la Compagnie aurait ses Directeurs, quiferaient pris du Corps seul des Marchands , & que tout le fonds feroitmis entre les mains d’un homme nommé de leur part. Que les Etrangerspourraient être du nombre des Directeurs de la Compagnie, pourvu qu’ilsy eussent un intérêt notable, & qu’ils vinssent s'habituer en France avecleurs familles. Que les Causes de la Compagnie feraient portées en pre-mière instance par devant la Justice Consulaire la plus prochaine, & parappel au Parlement.