Section
III.
Effbtrspour réta-blir le cré(lit dc laCompa-gnie &c.
La Compa-gnie abeaucoupà en souf-frir\
x66 'CONQUETES, ÉTABLISSEMENS &c. DES FRANÇOISla permission de vendre celles quelle avoir encore , & celles qui arrive-roient par les premiers Vaisseaux: ce qu’il y eut de plus extraordinaire,c’est qu’on ordonna que tous les moules & ustensiles pour les toiles pein-. tes seroient brisés, fans considérer que c’étoit-là une manufacture de Fran-ce austì bien que les autres. On usa de quelque indulgence à l'égard des é-toffes de foie, d’or & d’argent; ce qui joint à quelques autres grâces, quela Compagnie obtint à force de sollicitations, par le moyen du peu d’amisqui lui festoient à la Cour, l’empêcha detre entierement ruinée. Cetexemple suffit pour faire voir au Lecteur, combien il y a peu de sûretépour le Commerce sous un Gouvernement arbitraire, où tout dépend àprendre les choses du meilleur côté , de s intelligence d’un Ministre, ce quiest un appui fort incertain, & souvent de son caprice, ou de ceux qui legouvernent, ce qui est la plus fâcheuse situation où se puissent trouver lesgens qui ont quelque chose (a) (*).
Ce ne fut-là néanmoins que le commencement des disgrâces de la Com-pagnie i les Fermiers-Généraux, qui ont communément plus foreille des
Mi-
(«) Hist. des Indes Orient, 1 . c. p. 165-168.
(*) Il seroît ennuyeux d’entrer dans un détail exact de tous les expédions proposés deteins en teins par la Compagnie, & acceptés ou rejettés par le Ministre ; des ruses em-ployées par les Marchands, & par ceux qui vendoient /en détail pour profiter de la fi.tuation fâcheuse de la Compagnie, en l’obligeant. à reprendre à un haut prix ce quiréellement avoit coûté moins; des peines qu’elie eut à se procurer, par de longues &coûteuses sollicitations, des soulagemens passagers, qui empêchèrent son entiere ruine.On suroît dû considérer tout d’avance, & mettre aux privilèges de la Compagnie lesrestrictions nécessaires pour prévenir les disputes; car établir une Compagnie des IndesOrientales avec d’amples pouvoirs, donner les plus fortes assurances qu'on n’y donnerajamais atteinte, & défendre néanmoins i'entrés des marchandises du meilleur débit qu’ellepuisse importer, étoit non feulement contraire à l’honneur du Roi, dont la parole étoitengagée, mais auffi incompatible avec la sûreté sur laquelle l’espérance de voir fleurirle Commerce est fondée 1). On ne peut douter que M. Colhert n’eûr prévu cct incon-vénient, L que ce ne fût la véritable raison qui l’engagea à établir en même teins uneCompagnie d’Occident, & à travailler âd’autres Iitablislêmens, parcequ’il conçut très-bienque fans une circulation convenable une Compagnie des Indes Orientales ne pouvoit ê-tre d’aucur.e utilité au Royaume. 11 avoit des notions justes & étendues du Commer-ce , & au-lieu que ses Successeurs eurent toujours recours aux expédiens, il avoit desremedes á appliquer; en forte qu’il y a tout lieu de présumer que si cette affaire étoit ar-rivée de son tems, il auroit accommodé toutes les disputes entre la Compagnie , lesMarchands & les Manufacturiers; & qu’il les auroit contentés tous, en leur procurantdes débouchés pour leurs marchandises, la feule voye efficace que l’on pût cmplo.yer (2) Faute de cela, la Compagnie d’Orient fut haïe, gênée dans son Commerceau dehors, & opprimée par-tout; ce qui prouve combien il est dangereux de fe fieraux promesses des Ministres d’un Prince absolu ; puisque ceux qui les font peuventsouvent être tentés, & quelquefois forcés d’y manquer, & que d’ailleurs rarement leurssuccesseurs y pensent , ou croient qu’elles les lient. Ainsi comme le Commerce nepeut jamais fleurir dans les Pays où le pouvoir absolu régné, que par le concours deceux qui gouvernent, il est auffi continuellement expose â être ruiné par la mêmeAutorité (z). „
(1) Hist. de la Compag n ; e deslndes, T, XII. (a) The Advamages of the East India TiadeVi H m 7S» «onsidered, p.
( 3 J Hist. des Indçj Oricst,T, III, p. 17s- m, J