DANS LES INDES ORIENTALES. Liv. XVII. Chap. IX. 167Ministres que d’autres personnes, insinuèrent que les revenus soustraient Sectiondes privilèges & des exemptions accordées à la Compagnie des Indes O- nt-rien taies ; & bien-que leurs protecteurs prêtassent volontiers l’oreille àces p^rêtaiinsinuations, ils ne savoient gueres comment s’y prendre pour faire révo- btiriecré.quer ces immunités; car d’aller rondement en besogne & de les abolir, au- dit de laroit été une infraction si visible de l’Edit de création de la Compagnie ,qu’elle auroit trop révolté même en France. Mais les Fermiers-Généraux s ' ne ",trouvèrent bientôt moyen de vaincre ce scrupule, en montrant qu’il étoitfort aisé d’énerver les privilèges fans les abolir, & ils fournirent tantd’ex-pédiens, que la Compagnie perdit le fruit de ses privilèges, fans en êtredépouillée. Ensuite on défendit de vendre des étoffes aux Etrangers, dansla supposition que s’ils ne pouvoient acheter de la Compagnie des manu-factures des Indes, ils seroient obligés d en prendre de la fabrique de Fran-ce; mais comme on ne pouvoit les y forcer, ils n’en acheterent point dutout ; la Compagnie perdit son profit, & la Nation tout le produit de cet-te branche de Commerce, ce qui lui fut très-préjudiciable. On mit aussiun gros droit fur la foie écrue, dont la Compagnie recevoit environ sept-mille livres par an, & quoique ce droit rapportât beaucoup , cela ne putempêcher une défense absolue de faire entrer de la soie, sous prétexte qu’el-le faisoit du tort à celle de France, tandis que réellement la plus grande par-tie se vendoit aux Etrangers argent comptant : c’est ainsi qu’en ne con-naissant pas bien l’intérêt public, les Ministres défaisaient continuellementtout ce que M. Colbert avait travaillé d’établir. II ne faut donc pas êtresurpris, qu’après une lueur de prospérité, la face des affaires de la Com-pagnie fût plus sombre que jamais, nonobstant toutes les peines que se don-nèrent d’habiles Directeurs pour mettre tout dans son vrai jour (a) (*).
La
(aj Hist. de la Comp. des Indes, p 81-83.
(*) II n’y a gueres de Pays en Europe, où les revenus publics se Ievent avec plus derigueur par rapport au Peuple, d’une façon plus incommode pour le Commerce, ou plusdispendieuse pour l’Etat, qu’en France, & où les Fermiers-Généraux, leurs Soufermiers& leurs Commis fassent de plus prodigieuses fortunes par des voies la plupart ruineusespour la Société. Tant que la Compagnie des Indes Orientales n’eut que peu de Com-merce, tant que M. Colbert & le Marquis de Seignelai son fils vécurent, ces Vautoursn’oserent toucher á ce Corps: car ces Ministres entendoient le Commerce & l’aimoient,ou pour mieux dire ils l’aimoient pareequ’ils l’entendoient. Mais après la mort de cesdeux grands Ministres, & pendant le peu d’années que la Compagnie importa beaucoupcie marchandises, ces gens avides s’impatienterent, & ne parièrent aux Ministres quedu tort qu’on faisoit aux revenus. Les Ministres , dont ils étoient les instrumens ,qui s’en scrvoient continuellement , & qui avoient besoin d’eux pour fournir aux be-soins publics, écoutèrent, & ne purent véritablement fe dispenser d’écouter leurs re-présentations ; & la fuite fut qu’on chargea peu à peu de nouvelles difficultés des gensqui n’en avoient déja que trop à combattre, & dont les demandes les plus raisonna-bles étoient rejettées (i). Des exemples sont propres à en donner une idée, en voiciun. La Compagnie avoit trois - mille livres de Cassé dans ses magazins, dont elle avoitJ payé les droits; elle demanda la permission d’en charger le tiers pour la Hollande, oùl'on en demandoit, & de le remplacer fans payer de droits fur la cargaison du premier
Vais'
(1) Hist. de la Compagnie des Indes, T, III, p. zsí, rs».