DANS LES INDES ORIENTALES Liv. XVII. Chap. IX. 1?1
avec la liberté pour la Compagnie de. faire rapporter sur ces deux Vais- Sectionseaux, íàns payer aucun fret, jusqu’à dix tonneaux de marchandises des AI.Indes. 11 y a lieu de croire qu’ils trouvèrent quelque ressource dans. cetexpédient, pour étendre leur projet ; & ils se sacrifièrent pour leurs Em -burieílt.ployés aux Indes, qui étoient endettés de plus de dix millions (a). Car dit de la 'en 1712 ils firent un Traité avec quelques Marchands de St. Malo, par Compa-lequel ils leur cédoient tous leurs privilèges, entant que Compagnie, aux & ìie .meilleures conditions qu’ils purent obtenir, & cela uniquement pour four- " ^
nir à ceux qui étoient chargés de leurs affaires aux Indes, les sommes né-cessaires pour payer l’intérêt de leurs dettes, & pour prévenir par-là qUetout ne tombât en confusion (b). Triste situation sans-contredit ! avec ce*la la Compagnie se trouva dans l’impuissance de faire aucune entreprise elle-rnême, ensorte que quand le terme de son Octroi fut expiré, vers letemsde la mort du Roi, elle sollicita vivement le renouvellement de ses pri-vilèges, non pour en jouir elle-même, mais pour renouveler son Traitéavec les Négocians de St. Malo, afin d’en tirer dequoi conserver ses Eta-bliffemens, &dequoi prévenir la ruine de ceux qu’elle avoit employés (c) (*).
C’est ce qui nous conduit naturellement aux Indes, où nous reprendrons lefil de l’Histoire des affaires des François, depuis le mauvais succès de leurentreprise fur Ceylon jusqu’à la même époque où nous en sommes dans l’Hi*stpire de la Compagnie, c’est-à-dire jusqu’à la fin des cinquante ans accor-dés par l’Edit de création : le détail où nous sommes entrés étoit absolumentnécessaire pour que ce que nous allons rapporter ne fût pas embarrassé & comfus, sinon obscur & inintelligible.
S E C*
(a) Diítionn. deComm. I. c. Col. 1354.ÌJs) Hist. des Ind. Orient. T. 1 II. p. 193,194.
CO Histoire de îa Compagnie des Indes,P 87.
(*) 11 n’est pas aisé de comprendre, comment ces Marchands de St. Malo pouvoientfai-re leur Commerce aux Indes avec quelque profit, si l’on fait réflexion fur le grand nombred’inconvéniens auxquelsils étoient exposés; car outre le Traité onéreux qu’ils avoient faitavec la Compagnie, ils avoient encore bien d’autres obstacles à vaincre: il suffira de n’enindiquer que quelques-uns ; les Sujets du Mogol 11e mettoient point de différence entre eux& la Compagnie des Indes, & celle-ci étoit st endettée, que ces particuliers n’ofoient en-voyer de Vaisseaux à Surate, de peur qu’on ne saisit leurs effets: il ne leur étoit pas per-Dis non plus d'envoyer des Vaisseaux à la Chine, à cause de la nouvelle Compagnie éta-blie pour faire ce Commerce; & en vertu du Traité d’Utrecht ils étoient aussi exclus de laNavigation dans les Mers du Sud, qui étoit un des grands objets qu’ils avoient en vue, Kdont iís auroient pu tirer plus d'avantage que de tous les autres privilèges qu’on leur avoitcédés (1). Mais il paroît que tous ces désavantagés & plusieurs autres étoient compenséspar une circonstance favorable, qu’il n’y avoit que des particuliers intértffés dans ce Com-merce, & qu’ils ménageoient leur argent & leurs affaires à leur gré ; ils pouvoiem doncj-gir avec plus de vigueur & moins de dépense, faire tous les change mens qu’ils jugeoient«•propos, & recueillir tout l’avantage des privilèges de la Compagnie, sens avoir í. re-douter les inconvéniens auxquels- font inévitablement exposées les Compagnies publiques«lui dépendent d’un Ministre. Leçon qui mérite bien d’être pesée, & pour laquelle novs*vons éclairci ce sujet.
( 1) Hist. de la Comp. des Indes, p. 87,