i8o CONQUETES , ÉTABLISSEMENS &C..DES FRANÇOIS 'Section quent dans le Royaume voisin de Golconde.,. & que l’on peint ici ; on y s-quantité de foies tant écrues que travaillées, des étoffes brochées d’or &-d’argent, des parfums, des épiceries,. &• des diamans, dont on dit que le'dela Cem- trafic a fort augmenté depuis quelque tems ; &. il est certain que Pondi-pagnic chery est très-bien située pour cela, n’étant qu a une petite distance desmx Indes plus belles Mines de diamans qu il y ait aux Indes, & y ayant des gens quife commissent en pierreries autant qu’il y en ait dans le Monde (*). . On~ ne peut donc blâmer la Compagnie de France, ni du choix qu’elle a fait de
cet Etablissement, qui tout. bien considéré est le plus convenable pour ellequ’il y ait aux Indes, ni des dépenses qu’elle a faites pour le fortifier, quivont depuis environ quarante ans à huit-cens-mille livres : parçequ’elle a ren-du cette Place si forte & si commode, qu’elle peut aisément faire dix fois
au-
(*j Les plus beaux cîíamans des Indes fe trouvent dans les Royaumes de Visiapour, deGolconde & de Bengale, & Pondichery est à une distance égale des trois, qui n'est pasde plus de cenclieues. La voie la plus ordinaire de les avoir -, c'est de les acheter des Na--turels , qui les apportent en cachette à ceux en qui ils se fient , mais rarement, ou pres-que jamais en apportent-ils plus - d'un à la fois, qu’ils vendent aussi cher qu’il leur estpossible (i). On dit qu’il fout extrêmement prendre garde à la maniéré dont on en agitavec eux, H civilité fait beaucoup, mais nullement la flatterie, que les Marchands Ba-nians regardent comme une marque évidente de mauvaise foi. II faut éviter de donnertrop, pour leur faire espérer de tirer plus une autre fois; car un Banian veut toujours-vendre fur le même pied, & il cherchera plutôt un autre acheteur que de vendre à meil-leur marché à un Européen (2). Les diamans fe vendent argent comptant, & encoredoit-il être en nouvelles efpeces. La bonne réputation est le moyen léplus.sûr d’attirerles'Marchands Indiens, qui ne négocient jamais qu’avec ceux qu’ils regardent comme des gensde probité. On préten 1 que les Jésuites font un plus grand Commerce en diamans que ni-les Angíois, ni-les François , ni les Hollandois, ni les Danois ; ,& l’on assure, qu’ils sodéguisent souvent en Banians, dont ils parlent la langue & imitent les usages , &' qu’ilsvont avec eux aux mines, & font de grands achats fur les lieux (3). On fera peut-êtreen peine de savoir, comment ces Révérends Pères font passer leurs pierreries en Europe;mais nous-avons, fur cet article une- aventure fort singuliers, rapportée par un hommed’honneur de leur Communion, qui instruira & divertira en même tems le Lecteur. Cesbons Peres portent selon la coutume du Pays des souliers à la Portugaise, avec- de grandstalons de bois couverts- de cuir. Un de leurs nouveaux convertis de Surate voulut par hu-milité décrotter leurs souliers, & craignant que ces saints personnages ne lui refusassentcette grâce, il prit subtilement dans leur chambre deux paires de souliers: il commençason ouvrage; & sentit remuer quelque chose dans le talon du soulier qu’il tenoit ; la peurle prit, il crut avoir fait un grand crime , & que le Diable asioit le saisir au collet : il semit à crier de toute sa force;.par hazard un Portugais passoit, il a-lia au cri du More , &lui-demanda ce qu’il avoit à crier? Celui-ci conta son avauture. Le Portugais moins scru-puleux ouvrit le talon, & vit que c’étoit- un pétit coffre de fer, où il trouva six gros dia*mans bruts, & ayant ouvert les autres il y trouva la mêmç chose. Les bons Peres a-,yant appris cette avauture ...allerent trouver le Portugais, & partie en le menaçant-de l’In*quifition de Goa, partie par de bonnes paroles & par un présent, ils retirerent leurs vingt-quatre diamans; mais le More.s’étant hautement plaint dés mauvais traitement des Révé-rends Peres, au sujet de vingt-quatre petits cailloux & de leurs talons de fer, tout le mon-de se douta de ce que c’étoit, & les Jésuites furent obligés, suivant toutes les apparences’,d’avoir recours à quelque nouyelle invention (4). -
(l) Ein'ur , Ttvernítr , Lullitr. fo) Journ, du r< yage de M, fy, > T. IiL
txj Instruction.poui 1e Commerce des Indts P- 120 , _
Orient.- M st,L p, m-uj.