DANS LES INDES ORIENTALES. Liv. XVII. Chap. IX. 201
Il se passa néanmoins quelque rems, après le'commencement de la guer- Sectionïe, avant que la Compagnie ou le Public soupçonnassent rien de pareil. Au VU.contraire la Compagnie se conduisit, comme croyant dans une pareille oc-currence qu’il étoit de son devoir de donner du secours à l’Etat. Tout cela dc ìnCun-ne se faisoit néanmoins que pour tenir Fétat des affaires aussi caché qu’il é- pagnie
toit possible, & aussi longtems qu’il pouvoir Fêtre : & comme les dividen- _
•des se payoient ponctuellement , les Actions demeurèrent à un fort hautprix, ce qui ne donna pas peu de crédit à la Nation (a). Les Actionnai- rentkpìusres croient même si éloignés d’avoir la moindre idée du véritable état des longtemchoses, qu’ils désapprouvèrent le zele des Directeurs, &qu’ils regarderont lem '•les offres que ceux-ci avoient faites pour le service du Roi, comme une ^ í 0 V wIe ’preuve convaincante què le Commerce des Indes se faisoit au profit duRoi, contre les promesses qu’on leur avoit faites (b). Ce soupçon s’étantune fois répandu, fut généralement adopté, au moins de ceux qui étoientintéressés dans les fonds de la Compagnie, qui se persuadèrent fermement,que si l’on n’avoit pas fait entrer dans les Coffres du Roi une partie du pro-duit des ventes considérables de la Compagnie, on auroit pu porter leursdividendes à quinze & même à vingt pour cent; fondés là-dessus, au-lieud’être reconnoissans de ce qu’ils avoient, & de tout ce que l’on avoit faitpour eux, ils murmurèrent de ce que les Directeurs tenoient tout secret,de ce qu’on les privoit non seulement du ménagement mais de la con-noissance de leurs propres affaires, & que quelque bien qu’il en revînt àF Etat cela ne changeoit rien à leur égard, à qui l’on faisoit par-là la plusgrande injustice. Tant il est aisé aux hommes de se faire illusion, de se per-suader hardiment que les choses font telles qu’ils les souhaittent, uniquementparce qu’ils le souhaittent, & de faire de leur intérêt la réglé de leurs désirs& de leurs opinions (c).
Mais la guerre avec la Grande-Bretagne augmentant les dépenses de la Iksont an.France d’une paît, tandis quelle dimmuoit ses revenus de Fautre, le se-fi" obligéscret se découvrit à la fin, & M. Orry fut contraint de déclarer aux Direc- d ' in t h ’ ,: - Te
dcl y affaire
teillS [ es /Hdion-
(b) Hist. des Indes Orientales, T. III. mtP- 375-
(c) Sur des informations particulières.
fort loin à l’un & àPautre égard Maznrin, Colbert & l.ouvois marchèrent constamment &heureusement fur ses traces. Nous avons vu cependant que ces Ministres ne perdirent pasde vue l’autre partie du plan, Colbert fur tout l’avoit fort à cœur, bien-queies circonstan-ces ne favorisassent point ses .mesures durant son Ministère. Mais le Cardinal de Fleuri,conjointement avec les Ministres auíli actifs que modérés qu’il mit dans les affaires, vo-yant que le teins étoit favorable, & de quelle importance il étoit de travailler à Pexécu-tion de cette partie du plan du Cardinal de Richelieu, qui resloic encore, ils s’applìque-rent avec autant d’affiduité que de- secret, profitereut íi adroitement des moindres avan-tages, amusèrent & cajolèrent ceux qui seuls pouvoient les traverser fi subtilement, quefi leurs projets n’eussent été déconcertés par les auteurs de la derniere guerre, iis auroienten peu d’années réussi, & toute l’Iìurope auroit vu avec étonnement la Compagnie Fran-çoise des indes y faire une figure, que leurs plus habiles Politiques auroient crue impossi-ble (i).
fi) Sur des informations partiçtilieres,
Cc
(a) Voyez les Gazettes de Paris durant lespremieres années de la guerre.
Tome VIII.