POUR LES INDES ORIENTALES. Liv. XVII. Chap. X. 279
Tous ces efforts, ces mauvais succès , ces nouveaux projets font autant Sectîomde preuves décisives du prix du Commerce, qui en étoit l’objet. Car si vi.les Ministres de Vienne n’avoient pas été pleinement convaincus que c’é- Exti pàìontoit-là la maîtresse roue qui faifoit mouvoir tout le reste, pourquoi té-moignerent-ils y prendre tant d’intérêt, ou pourquoi s’embarquerent-ils ^ostendedans tant de négociations pour le conserver, le recouvrer, ou au moinspour s’en assurer une partie ? Ce n’étoit certainement pas qu’ils fussent les ■dupes des faiseurs de projets, mais parcequ’ils étoient intimement convain- Pr ? u Jj: s .cus par l’expérience du prix de la chose. C’est ce qui leur faifoit regretter Tent lk-ltsi fort une perte, qu’eux-mêmes ne pouvoient évaluer, nonobstant les é-iiuprixtJepreuves qu’ils avoient faites pendant que ce Commerce fubsistoit encore, ce CommetOn ne fera pas fâché d’en avoir quelque idée, ce qui servira en même tems ce ^‘P*s e ~à justifier leur conduite & la nôtre, en traitant ce sujet si fort en détail.
Ils concevoient que si la Compagnie d’Ostende avoit été une fois solide- / ÍS Polit *-ment établie, tout le Commerce des Indes Orientales seroit tombé, en ?««•moins d’un siecle, dans les Pays- Bas Autrichiens, & peut-être que la plusgrande partie de celui de l’Europe auroit suivi. Pour bien comprendre ce-ci il faut se souvenir que les Provinces des Pays-Bas Autrichiens font beau-coup plus belles que les Provinces qui composent la République de Hollan-de, & quelles font infiniment mieux situées pour le Commerce. Les ventesdes marchandises des Indes auroient fait entrer des sommes prodigieusesd’argent comptant dans ces Provinces ; cela auroit servi à rétablir les Manu-factures qui y fleurissoient autrefois plus qu’en nul autre Pays de l’Europe,
& leur auroit assuré le Commerce de toute l’Allemagne, & par degrés ce-lui du Nord. En pareil cas, qu’est-ce qui les auroit empêchés de tenter& d’acquérir des Pêches ? En ouvrant les Ports de Trieste & de Fiume ,fur la Mer Adriatique, qui les auroit empêché de le rendre maîtres duCommerce d’Italie? On dira peut-être, que ce ne sont-là que des suppo-sitions ; fort bien ; mais ce font des suppositions raisonnables, & ce quiest plus, c’est fur ces suppositions que l’Empereur établit la Compagnied’Ostende, & lutta si fort pour la maintenir: les Hollandois mêmes, lesmeilleurs Juges íàns-contredit de ce qui pouvoir se faire, trouvèrent quetoutes ces suppositions pouvoient avoir lieu, ce qui les détermina à fairece qu’ils firent. Si l’on prend tout cela ensemble, on y trouvera une preu-ve bien forte, que le Commerce des Indes Orientales est par soi-même lefondement de tout Commerce de Marine, au-moins entre les mains deceux qui savent le bien gouverner : & il est certain que ceux que la CourImpériale employa, firent voir pendant le petit nombre d’années qu’ils diri-gèrent ce Commerce, qu’ils étoient très-habiles à tous égards.
La grande, & réellement la feule faute des Entrepreneurs fut, qu’ils n’é- Les prie-toient pas aílèz verses dans le Systeme général des affaires, & allez instruits cipaux in-des conditions fous lesquelles l’Empereur possédoit les Pays-Bas. Leur dis- "r-M figrâce en rendit quelques-uns plus prudens: persuadés que l’expérience a-volt démontré que leur projet n’étoit nullement chimérique , il y en eut pe.qui allerent à Copenhague pour s’unir avec l’ancienne Compagnie Danoise :