OTHMAN, PREMIER SULTAN.
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•difficulté, Othman déguise quarante jeunes hommes en femmes , les fait 1300.monter fur des chariots remplis d’autres gens qui paroissoient comme ran-gés en forme de ballots les uns fur les autres ; il fuit de près en personne,
& arrive la veille que le mariage devoit être célébré en pleine campagne,à quelque distance du Château. Aussitôt que les Dames prétendues & lereste de l’équipage furent entrées dans Bìlejiki, les soldats fe découvrirent,
& après quelques efforts s’emparerent du Château. Le Gouverneur ne futpas plutôt retiré pour se coucher, qa Othman , supposant que le Châteaudevoit alors être saisi par ses gens, monte à cheval avec son ami KoJJÌ , &y accourt à bride abattue. Le Gouverneur, informé de son départ préci-pité, le poursuit & satteint; mais comme la plupart de ses gens étoientyvres, il fut aisé de les disperser, & le Gouverneur fut tué dans le premierchoc de la main d 'Othman. Maître ainsi de Bijeliki, il ne perdit point detems, mais alla fe saisir ce matin-là même du Château de JarhtJsar , où ilfit prisonnier ce Capitaine, qui se dilposoit avec la belle fiancée sa fille à al-ler célébrer là mariage (a).
Nous ne trouvons dans l'Histoire Turque presque rien des actions d’Or/r Ftwlcâansman , pendant les dix-sept premieres années de son régné , ce qui marque rmstoireune grande disette de Mémoires pour ce tems-là. Afin de remplir ce vuide, Tur( l ue 'on dit seulement qu’après avoir transféré fa résidence à Jengishahri , il em-ploya quelque tems à régler les affaires du dedans de l’Empire. Nous tâ-cherons de suppléer ce qui manque autant qu’il fera possible, par les Histo-riens Byzantins, en exposant le déplorable état des affaires des Grecs enAsie dans le tems qu 'Othman y parut.
Nous avons rapporté vers la fin de l’Histoire des Seljucides , comment Retraiteles affaires de l’Orient, que Tarconiate avoit rétablies, étoient de nouveau de FEmpe-tombées en désordre. Quelque tems après feize-mille Alains (*) , qui a - reur Grec *voient été au service du Tartare Nogas (f), vinrent offrir leurs íèrvices à I3 ° 2-l’Empereur yjndronique. Ce Prince les reçut comme un secours envoyé duCiel, & les partagea en trois Corps : il envoya la plus grande partie en O-rient, & réserva les plus vaillans pour le jeune Empereur Michel son fils:ce Prince plein d ardeur marcha bientôt avec eux en Orient, & vint cam-per à Magnésie, près du désert; de-là jl envoya des Partis, qui ravagèrentle Pays ennemi, & enlevèrent du butin, pendant que les Turcs demeu-roient dans les montagnes & dans les lieux forts. Mais s’étant ensuite as-semblés dans la campagne, les Capitaines de l’armée engagerent TEmpereurà faire retraite, en exaltant les forces des ennemis.
Cette honteuse retraite enfla le courage aux Turcs,& ils firent des cour- Ellc en 'fes jusqu’au champ de Menomene, & dévastèrent tout le Pays, pendant ™ urase les
(*) Cantimìr , T. I. p. 55 S7-
que
(*) II y en avoit huit - mille en état de porter les armes.
(!) Ce Nogas étoit un des Commandans Tartares, qui après avoir subjugué le PaysauNord d u Pont-Euxin, fe rendit indépendant, & poussa fes conquêtes le long du bordseptentrional du Danube; mais en 1297 il fut défait & tué par Tuctaìs, descendu desPrinces à qui appartenoit le Royaume dont Nogas avoit usurpé une partie. Rachmereliist. de Mich. & d’Androniq. U IX Ch. 26 .
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