424 HIST. DE L’EMPIRE OTHÒMAN. Liv. XVIII. Ciiap. IV.1362.4 de Juge de la Nation, le Mufti le' refusa , & dit qu’il ne pouvoit pas fairer- ■ - foi. Le Sultan frappé de ce procédé, en demanda la raison. Le Mufti ré-pondit: „ En qualité d’Empereur votre parole est sacrée, c’est la vérité,, même, on ne peut la révoquer en doute: mais ici elle n’est d’aucune’’ force, & la Justice n’admet point le témoignage d’un homme qui ne” s’est point encore uni dans les Prières publiques au Corps des Muful-„ mans (*) ”. Amurath reconnut fa faute, & pour l’expier il fit bâtirle Jami.
Institution En 76g Ornus , Beglerbeg de Homélie, après avoir pris Ipfala & Mal-des Janis- gara, ravagea les territoires du voisinage & emmena un nombre infini defaires. captifs. Kara Halil Hacha , Grand - Visir, ne put voir cette multitude fansl 6 A' plaisanter „ Jenesai, dit - il, ce que signifie cette expression commune„ parmi nous, que toutes les dépouilles appartiennent à ['Empereur , mais,, pour moi je vois que tout va aux particuliers. Que l’on fasse tant de„ captifs qu’on voudra, -jamais ['Empereur n’en a aucun pour íà part. II,, me semble qu’il faudroit établir quelque Agavat (f) au Détroit de Galli-„ poli, qui saisît au nom du Sultan le cinquième captif pour son service,„ & l’on pourra avoir des gens bien faits & des sujets robustes pour la Cour
& pour f Armée ”. Amurath goûta cette idée, & il parut bientôt un E-dit au nom du Sultan, qui commandoit cette faille ; & en peu de tems cescaptifs formerent un Corps assez nombreux. Le Sultan envoya cette nouvel-le armée à fíaji Bektash (J), fameux pour ses miracles & ses prophéties,le priant de leur donner une bannière & un nom, & da -recommander parses prières à Dieu le succès de cette nouvelle Milice. Le Scbeikh (§) lesvoyant en fa présence, mit sur la tête de i’un d’entre eux Ja manche de sajobe en diíànt ; que leur nom soit Yenghiche'ri (**), que leur contenance soitvive â? fiere ; que leur main soit victorieuse , leur épée tranchante , leur lancetoujours prête à frapper la tête de leur ennemi , & quelque part qu ils aillentqu ils puisent retourner avec un visage de santé (ff) ; depuis ce tems - là le nomde Janissaires leur est resté, & leur bonnet a la forme d’une manche (**).
Cet-
(*) Ç’est une corruption de Mostiman, Mistman ou Muflmnan: tel est r.uíG Musunnm,d’oît vient Bitfunnon.
(f) Agavat, vulgairement Agalar , est le plurier d 'Aga, qui veut dire Seigneur ouMaître, terme dont on se sert pour témoigner son respect; à une personne ; il désigne auíSspécialement certains Officiers de la Porte & de l’Armée. On dit Janìzar Agaji , Spahi-lar Agafi, & Silarad Agast, les Généraux des Janissaires, des Spahis & del’ínfanterie.
(|) 11 fut fondateur d’un Ordre de Dervis ou Moines chez les Turcs, qui de son nomfont appellés Bektafhì. On voit son tombeau dans un village nommé Bcshiktasb, furleBospore, pas loin deGalata, oà i! est en grande vénération. Cantimir.
( §)Scheikh , par corruption Shek ,signifie Prélat,c’est comme.l’Abbé d’une Abbaye.On don-ne ce titre aux Supérieurs des grands Jatnis â des Dervis. C’est pourquoi le Mufti même,en qualité de Grand-Prêtre, eít traité deScheikh allstam , Prélat des enfans de salut. Cantimir.
(**) Composé à’hnghi nouveau , & de Chéri soldat. Nous les nommons Janissaires;leur nombre est ordinairement de quarante- mille, & ils ont lë rang fur tout le restede la soldatesque. Cantimir.
(jf) Parmi les Turcs Visage blanc ou Visage noir sont des termes de louange oUde mépris. Le même.
(«*) C’est un bonnet blanc, nommé Riche, en forme de manche; c’est la feule dif-férence qu’il y a entre leur habillement & celui du reste de ['Infanterie.