A M U R A T H II. S IX I E M E S U L T Á N. 467
Aussitôt que l’on sut instruit de Ja fuite de Cìnéìs dans le camp de l’au-í H 22 -tre Mustapha, on crut .qu’il s’étoit retiré auprès à'Amurath, & les Troupesse mirent aussi à se retirer en grand désordre ; les ennemis leur crioienty^J.Dur, dur Katlan , arrétez-vous & ne vous enfuyez pas; car comme le pontétoit rompu ils ne pouvoient les joindre. Mais /lmurath l’ayant fait répa-rer le même jour avec de longues p'ieces de bois passa dessus, & reçut ungrand nombre des gens de Mustapha , qui vinrent se rendre à lui, Musta-pha s étant enfui promptement à Lampfàque, passa à Callipoli avec quatre déses valets seulement, & y rassembla ce qu’il y avoit de soldats. Amurath dé-pêcha de son côté un Courier à Phocée, pour donner avis à Adorne de cequi s’étoit passé, & pour lui ordonner de venir au détroit avec tous sesVaisseaux. Adorne ,qui avoit ses Vaisseaux prêts, se rendit à Lampsaqueaussitôt que le Sultan. Ce Prince s’embarqua fur le champ avec ses Trou-pes, & Mustapha fut percé de douleur; voyant la mer couverte de Vais-seaux qui s’avançoient vers lui, il envoya offrir cinquante-mille écus à Adornepour ne point mettre Amurath à terre , mais il rejetta cette proposition.
Malgré la résistance des soldats de Mustapha, qnï s’opposerent à la descen-te , il mit cinq - cens François à terre , qui s’étant avancés l’espace d’unmille, donneront moyen à Amurath de descendre avec quatre-millehom-mes , & ayant fondu fur les ennemis ils les mirent en déroute, & enfirent un grand carnage. Mustapha se sauva à Andrinople,& emportantle trésor s’enfuit en Valaquie.
Amurath paffa trois jours à Callipoli, & s’avança en diligence vers An- hlcst pritdrinople à la tête d’une nombreuse armée, 11 y régala. Adorne & ses deux-mille Italiens, le déchargea des arrérages qu’il lui devoit pour l’alun (*),lui accorda le Fort de Périthéorion en Occident, avec le commerce dePhocée pour en jouir durant fa vie. 11 distribua aussi des présens aux Ca-pitaines des Vaisseaux, & les renvoya avec mille remereimens & de grandstémoignages d’affection. En même tems il dépêcha après Mustapha de jeu-nes gens dispos, hardis & courageux, qui l’ayant atteint íur le bord duDanube, se saisirent de lui & le menerent à Amurath, qui le condamna àêtre pendu dans la Place publique, pour confirmer par l’ignominie de cesupplice l'opinion commune du peuple, que c’étoit un personnage sup-posé par l’artifìce de l’Empereur Manuel , bien-que dans la vérité il fûtfils de Bajazet (a).
Cet exemple & plusieurs autres du peu d’accord qu’il y a entre les Histo- Avis auxriens Turcs & les Historiens Grecs, font voir qu’un Auteur est dans l’ab- historiens.folue nécessité de varier fa méthode en compilant l’Histoire ; car des nar-rations aussi opposées ne peuvent être fondues ensemble. D’autre part, dene donner l’Histoire que suivant les relations des uns, ou en suivant tantôtceux-ci, tantôt ceux-là , selon la fantaisie de celui qui écrit, seroit unepartialité visible, & un défaut que l’on ne voit que trop souvent. Le seul
(«) Ducas, Ch. XXVII.
moyen
(*) On le tire d’une montagne qui est à l’orient de la nouvelle Phocée $ Ducas e»parle au loDg Cb.XXV.
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