A M U R A T II II. SIXIEME SULTAN. 4 g x
desorte qu’en peu de rems tout le Pays changea de Religion (a). C’eílà 1447.ee tems-ci qu’on doit rapporter ce que les Historiens Chrétiens racontent —■ —
de la guerre de la Morée, & des exploits de Scanderbcg.
Bien-que Ducas place la guerre de la Morée plus tard (*), il nous ap -Guerre rieprend que ce qui engagea Amurath à l’entreprendre , ce fut Je dessein la Morée.de recouvrer les places que Constantin, Despote de Lacédémone (f), avoitprises. Ce Prince profitant de la circonstance de la guerre de Hongrie,s’étoit emparé de Thebes & des bourgs d alentour. Amurath les ayantfait redemander , le Despote refusa de les rendre, & le Sultan vint fecamper devant l’Hexamilion (j), que Constantin avoit réparé quatre ansauparavant, & où il étoit en personne avec soixante-mille hommes. II futtrahi par les Albanois, mais il échappa à leur trahison avec Thomas son frè-re Despote d’Achaïe. Cependant Amurath fit des courses jufqu’à Patras &jusqu’à Clarence, & ayant tout désolé & ruiné l’Hexamilion, il se retira &emmena soixante-mille prisonniers (st).
thalcondyle entre dans un plus grand détail de cette expédition. Voicien substance son récit. Constantin étant entré sur les Terres des Turcs,prit la ville de Pinde, avec la Béotie & une partie de l’Achaïe, & pénétrajusques dans l'Attique. Nerì Prince d’Athenes & Thuracan Gouverneur deThessalie en donnerent avis à Amurath , qui s’avança avec toutes ses forcesjusqu’à Pherres. Constantin à cette nouvelle assembla tous les habitans de laMorée, pour défendre la muraille ou l’Hexamilion, devant laquelle far-inée d 'Amurath étoit campée, occupant I’Isthme d’un bout à l’autre. Le Ducn’étant pas en état de faire tête à une si grande puissance, envoya faire despropositions.de paix au Sultan ; mais au - lieu de faire des propositions rai-sonnables , il demanda encore le reste de la Morée & d’autres Terres voisines,ost Amurath avoit conquises.
Le Sultan ne daigna pas faire de réponse à une demande si peu sensée ,mais envoya l’Ambassadeur, qui étoit le pere de Chalcondyle, pieds & poingsliés à Pherres. Bien-que l’on fût aucœur de l'Hiver, Amurath vint à la têtede six-mille chevaux reconnoître la muraille, pour examiner de quel côté ilpourroit faire le plus avantageusement, ses approches & dresser ses batteries.
L’armée fe logea ensuite sur le bord du fossé, & l’on commença à se canon-iser vigoureusement de part & d’autre. Le septieme jour les Turcs, donne-rent un assaut général, & les Grecs amollis par le luxe & la débauche ne fi-rent que peu de résistance. Tandis que Thuracan alla ravager le cœur duPays, Amurath prit & saccagea Sicyone. II s’avança ensuite vers Patras, »
riche ville de l’Achaïe, qu’il trouva abandonnée, à l’exception du Châ-teau, qui fit une belle défense: la paix se conclut avec les Grecs, avant
qu’il
(«) Cantimir, I. c. p. 255-262. Qd) Ducas Ch. XXXII.
(*) Après la défaite de Hunniade, dont il est parlé plus bas.
(t) Lhuìcúndyk rappelle Duc du Péloponnese : c’est le Pays qu’on appelle aujourd’huila Morée.
(j) LHixamilion étoit un mur qui avoit six milles de longueur, & qui fermoit l’isthmede Corinthe pour mettre ia Morée à couvert des. courses des Turcs, II y avoit une visiedu même nom tout contre le mur; BxxamUion signifie six milles.
Tome VllL Ppp
i