1448 ,
Bataillede Caíl'o-
vie.
484 HIST. DE UEMPIRE OTHOMAN. Liv. XVIII. Chap. VII.
Le Sultan ayant conduit son, armée à Caffovie (*), commença d’abord lecombat, mais le succès ne répondit pas à son attente, parceque les ennemiscouverts de cuirasses étoient à l'épreuve de f épée. Amurath ayant retiréses Troupes, leur ordonna de frapper à la tête avec des massues & des bâ-tons ferrés. Les Chrétiens fe trouvant enveloppés & hors d'état de rési-ster à la fureur des Turcs, fe retirerent au petit pas, fe retranchèrent der-rière leurs chariots, & soutinrent ainsi le combat avec assez de bravourejusqu’au Soleil couché. A la fin les soldats étant presque découragés, &ne gardant qu’à peine leurs rangs, le Roi assembla Féline de fa Cavalerie ,exhorta le reste des Troupes à bien faire & à renouveller le combat, pro-mettant de prendre l’ennemi en queue, & ainsi de renporter la victoire. 'Mais au-lieu d’aller attaquer l’arriere - garde des Turcs, il prit la fuite,plus attentif à fa. propre sûreté qu’à celle de ses gens (f). L’armée fe vo-yant ainsi,abandonnée de son Général, perdit toute espérance, chacuntourna le dos & chercha à se sauver. Les Turcs poursuivirent les fuyardsí’épée dans les reins, en firent un grand carnage, & prirent plus de deux-mille prisonniers ; tous les Généraux Allemands, Bohémiens & Polonoís,excepté le Roi, furent tués (a).
Chalcondyle dit que F Armée Hongroise étoit de quarante - mille fantassins,de fept-mille chevaux, & d’environ deux-mille chariots de guerre, chargésde Mousquetaires. George Despote des Triballiens fou de Servie) ne trou-vant pas ces forces suffisantes pour faire tête aux Turcs, qui par les Trou-pes qui les avoient joints dans leur marche, étoient au nombre de cent-cin-quante-mille hommes, jugea que le parti le plus fur étoit de se tenir tran-quille ; ce qui irrita fort Hunniade (à).
La bataille commença le lendemain ; on escarmoucha tout le jour avecbeaucoup de perte de part & d’autre. Dans la nuit, les Hongrois par leconseil de Tkaut fils de Sauz (j), attaquèrent le quartier du Sultan avecleurs chariots armés, si brusquement & avec tant de furie, que les Janis-saires en furent quelque tems déconcertés ; mais s’étant remis ils firentjouer contre les Hongrois leur canon, qui fit un grand effet. A la pointedu jour, craignant d’être enveloppés par les ailes de l’Armée Turque , les
Hon-
(«) Cantimìr, T. I. p. 263-266. (D Chalcondyle, L. VIL Ch. 7.
jnandoit l’aile gauche de Tannée Chrétienne ; que fur la promesse d’aVOÎr ieur par-don, ils pafferent du côté des Turcs dans le fort du combat; & que le Sultan, soitqu’il soupçonnât quelque dessein caché, soit qu’il détestât leur trahison , ordonna àvingt-mille chevaux de les envelopper, & de les tailler en pieces les armes à la main.
(r) Place voisine de Négremont, & fameuse par une autre bataille, où Amurath I.en remportant la victoire fut tué. Les Annales des Valaques décrivent celte dont ils’agit id comme faction la plus vive & la plus sanglante qu’il 7 ait jamais eue.Cantimif.
, (t) Suivant Ducat, Hunniade ne combattit pojnt. Avant la pointe du jour, dit-II, 'Jeanlit semblant de se préparer à un combat général, mais parcequ’il avoic reconnu la multitu-de de Farinée ennemie & Tépouvante de la sienne, il s’enfuit. Ducas Ch. 3a. Les Histo-riens d’Oçcident disent que la bataille dura trois jours, & qu’il y périt quatre fois plus deTurcs que de Chrétiens.
. (J) Sauz étoit fils d ’Amurath I. & avoit eu les yeux crevés, comme 0111’arapporté.