504 HIST. DE L’EMPIRE OTHOMAN. Liv. XVM. Chap. VIII.
Section Es lendemain dé la prise de la ville, Mahomet y entra une seconde1. fois, & alla chez le Grand-Duc, qui vint au devant de lui pour le rece-Jusqu'à la voir. Comme la Duchesse étoit malade il s’approcha de son lit, & l’ap-prísede pellant ma Mere , il lui souhaitta le bon jour, & lui dit de ne se pointtinoplts" affliger, lui promettant de lui donner plus quelle n’avoit perdu. Après—— cela il se promena dans la ville, qui n’étoit plus qu’un désert, où il n’yMahomet avo jt ni hommes ni bêtes.
V Granï- Ee 28 de Mai il parcourut encore vne grande partie de la ville, & fit2)^. ' un festin aux environs du Palais. Lorsqu’il eut beaucoup bu, il ordonna aullcjlexé- Chef des Eunuques d’aller demander de fa part au Grand-Duc le plus jeu-cutéavec ne (j e f es gj Sj jeune homme de quatorze ans, parfaitement bien fait. Leàautns. Orand-Duc soupçonnant le dessein du Sultan, changea de visage, & ré'pondit presque à demi-mort à l’Eunuque, qu’il pouvoit le prendre s'il vou-loir , mais qu’il ne le lui donneroit pas [lui-même ( *). L’Eunuque ayantrapporté cette réponse au Sultan, il lui ordonna en colere de prendre lebourreau avec lui, & de lui amener le jeune homme, & le Grand-Duc &fes deux autres fils, & de leur couper la tête à la porte du Palais (f), IIfit aussi exécuter tous les Grands & tous les Officiers qu’il avoit rachetés& retirés des mains des soldats; il ehoiíit entre leurs femmes & leurs en-fans les personnes les plus belles & les mieux faites, & les réserva pour lui.Butin, Trois jours après la prise de Constantinople, les Vaisseaux firent voilechacun pour leur Province, chargés de richesses & de captifs. Le campn’en étoit pas moins rempli ; on y voyoit des personnes de toute condition,
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re, tant avant que durant le siégé, lors même que les affaires eurent un succès contrai-re à fes souhaits. Enfin, voyant que fes avis n’étoient point écoutés, il donna fous mainavis à J’Empereur Grec des résolutions du Conseil. II en fut puni peu de jours aprés laprise de la ville , & mis à mort. Le Prince Camimir, qui nous apprend ces circon-stances, ajoute que les Historiens Turcs n’ont garde de mettre par écrit ces sortes desecrets, pareeque le respect dû à de si hautes Places fait épargner l’houneur de ceuxqui les occupent, & que la gravité de l’Hisloire ne souffre gueres cette attention à lamémoire d’un Traité. Mais cette derniere raison est foible, puisque le récit de leurtrahison doit les couvrir de honte, & ne tourne nullement à leur honneur. Quoi qu’il ensoit, cet aveu prouve que ses Historiens graves ne font pas les plus impartiaux.
(*) Chalcondyle rapporte que tous les Grecs qui échappèrent au massacre, furent déli-vrés de l’esclavage, & établis à Pera, principalement les gens de qualité. Car Mahometlui-même racheta Notaras ou le Grand-Duc avec fa femme & fes enfans , & leur permitde fe retirer oh il leur plairoit. Mais comptant recevoir des secours d’Jtalie, il voulutrester à Constantinople, où il se rassembla plusieurs autres personnes, qui ne purent s’em-pêcher d’entrer dans de certaines intrigues, qui se découvrirent bientôt. Le Sultan enfut si irrité qu’ll les fie tous mourir. L’Auteur ajoute que l’on croît que la cause de cemalheur fut la maniéré imprudente dont Notaras parla, quand le Sultan fit demander sonplus jeune fils, disant que puisqu’il les avoit mis en liberté, il n’avoit aucun droit sur leurspersonnes, & que la demande étoit injuste, indécente & injurieuse. D’autresprétendentque ce fut à l’instigation d’une Dame, fille d’un Etranger, qui haïssoit les Grecs, & dontle Sultan étoit fort amoureux. Chalcondyle. L. VIII. Ch. 7.
Ct) Ducas & Chalcondyle s’accordent à dire, que le Grand-Duc se comporta à sa mortavec beaucoup de magnanimité. Le dernier rapporte qu’il souhaitta que fes fils fussentexécutés les premiers, de peur qu’on ne les réservât pour un usage criminel ; & que bien-que ces pauvres jeunes gens se désolassent, & le suppliassent de les livrer avec tous lestiens qu’il avoit envoyés en Italie, plutôt que de les voir tuer à fes yeux, il fut inflexi-ble