M AHOMET II. SEPTIEME SULTAN. 5o3
Le lendemain le Sultan fit son entrée dans Constantinople par la porte sappellée Topkapu, & fit entendre ses volontés aux Grecs en ces termes :j, Jé vous ai promis quand vous êtes venus traiter avec. moi, que fi-vous^Ttû’á ia„ restiez ici votre Religion ne souffriroit en rien,. & qu’on ne toucheroit„ point à vos Eglises & à vos Monastères; mais puisque j’ai gagné une àopìe?',, partie de la ville par force (*), & que l’autre s’est rendue, j’estime juste ,
,, & j’ordonne que les Maisons Religieuses & les Eglises situées dans la„ partie que j ai conquise, soient converties en Jami j & que le reste de-„ meure aux Chrétiens.” En vertu de cette sentence , toutes les Eglises-qui se trouvoient depuis /Ikserai (f) jusqu’à Sainte Sophie furent converties 'en Jami, mais depuis Suli Mona/ìyr (j) jusqu’à Ecìerne Capu elles demeu-reront aux Grecs (§). Ensuite les forces de terre & de mer étant assem-blées dans la place qui fait face au Palais blanc, Mahomet marcha.eh triom-phe vers Sainte Sophie Dèsqu’il y fut entré il ordonna d’entonner Ì’ E-zan (**), & alla après cela prendre posteffion du Palais Impérial. Commeil y entroit, on dit qu’il fit impromptu un distique en Langue Persane, dontvoici le sens : „ L’araignée a filé fa toile dans le Palais Impérial ; la chouette„ a entonné son chant nocturne sur les tours d 'Jfrafiab (f f), ” faisant al-lusion à la chûte de l’Empire des Grecs. On volt par-Ià que ce Prince avoitle goût de la Poésie. Constantinople fut prise le 20 du mois Jemazio'l E~nvel (j 4 ), de Fan 857 de l’Hégirei, après cinquante-un jours de siégé, la né-gligence ou la trahison du Viíir (§§) en ayant retardé la prise («). Repre-nons à-présent le fil de la narration de Ducas.
Le
(«) Cantimir, T. II. p. 7-13.
(*) Tous ses Historiens Chrétiens, tant Grecs que Latins, prétendent que tonte laTille fut prise par force; mais par le témoignage unanime des Historiens Turcs il pa-roît que la moitié de la ville se rendit par composition ; & il n’y a gueres d’apparen-ce, qu’aimant à grossir leurs avantages, & à. rabaisser ceux des autres, ils àyent a-vancé un fait qui diminue la gloire de leur conquête,. fi ce fait n’étoit véritable.
Cantimir.
(j) Palais blanc; c’est le nom que les Turcs donnent à une rue qui mene à la Proponti-de; on y volt lés beaux Bâtimcns qui fervent à loger les Janissaires; on les"appelle ï'ennhiOilalaïy ou nouvelles Habitations, II n’est pas permis aux femmes, fans excepter -mêmecelles des janissaires, de passer par cette rue, elles ne pourroient demander réparation des-injures qu’elles y recevroient. Cantimir.
(j) Le Monastère aqueux. Du tems des Chrétiens c’étoit l’Eglise des Arméniens-,'quioccupoient tout ce quartier de la ville : c’est aujourd’hui un jami. Les sources qui sortentdes fondemens de ce Bâtiment lui ont fait donner ce nom d’Aq.ueux. Cantimir .
(§) Selim I. les leur ôta, en leur accordant la permission d’en bâtir de bois." Cantimir.p, 47 & 'suiv.
(**) Hymne qui contient la profession de foi des Mahométans. Le Chantre, ou Muezitiqui invite le Peuple á la priere, répete cette formitle du haut de la tour du Jatni. On s’enisert aussi après des victoires, & c’est comme le Te Deum des Chrétiens.. Cantimir.
(ft) C’étoit un Palais des Monarques Persans, dont les Turcs racontent bien des fa-bles ; aujourd’hui le Palais des Empereurs Grecs est la retraite des hiboux & des chau-Vefouris. Cantimir.
(!!) Jmnado'l Awa', le premier Jomada, Je cinquième mois- de Tannée Mahométane.
(W On dit qu’il avoit été corrompu par lee Chrétiens. Ce doit être Halil BacÇâ, quél'hraHza nomme Chef du. Conseil; il portoit toujours Mahm:t àsse désister de cette guer-