5S 6 HIST. DE L’EMPIRE OTIiOMAN. Liv. XVIII. Chap. IX.résolus d’empêcher Bajazet de révoquer la déclaration qu’il avoit faite devouloir abdiquer.
Selim , que l’idée du danger auquel il venoit d’échapper rendoit plus ré-servé , répondit à ses amis : „ qu’il connoiíïòit tout le prix d’une Couronne*„ mais qu’il ne pouvoit se résoudre à rien faire contre la volonté de son„ Pere, & que l’expérience lui avoit appris que Dieu ne le favorisait„ point.” Les Janissaires informés de cette réponse, redoublèrent leurs in-stances par le Zemberekchi Pachi , ou Surintendant des machines de guerre,déclarant qu’ils étoient prêts à s’engager par serment de ne rien écouter ,qu’ils ne l’ayent vu placé fur le Trône, même malgré son Pere. Sur ces pro-messes Selim part de Cassa avec un train médiocre, & íe rend à Constanti-nople fous le même prétexte que la premiere fois, de rendre visite à son Pe-re. Dès que les Janissaires furent son arrivée, ils s’attrouperent dans lesmes, allerent à fa rencontre jusqu’à Top Kapu(*), & raccompagnèrent jus-qu’à Eni Baghche f f), où ils lui avoient préparé des tentes («).
11 se rend à On ne sauroit exprimer la surprise de Bajazet à une nouvelle si impré-
Conítan vue; p v it bien que la force n’étoit plus de saison. Au bout de huit jours,tmople. -j c j lar gea son Grand-Visir Koja Mustapha Pacha , d’aller dire de fa part àson fils ; s il jouhaittoit de le voir , pourquoi il dìjféroit ? que fi au contraire ilcouvroit de ce prétexte des pensées impies , pourquoi il perdait le tems inutile -S»„ artifi- ment ? Selim s’appercevant du piège que lui tendoit son Pere, répondit àcieux dis - l’Envoyé en des termes aussi vifs & non moins ambigus ; „ Va dire à moncours. Pere, dit-il au Vifir, que je ne me veux départir en rien désobéissanceque je lui dois, & que je luis prêt à suivre ses ordres, quelque part qu’il„ lui plaise de m’envoyer. Je le supplie seulement de vouloir m’éclaircir„ quelques doutes que j’ai fur le Gouvernement présent. Sophi Ogli (j),„ homme dont la naissance n’a rien d’illustre, s’est élevé vers l’Orient avec,, une promptitude surprenante, fes progrès font si rapides qu’il renverse„ tout devant lui ; il s’étend fur les Terres Othomanes, & a déja gagné jus-„ qu’à Césarée ; & vous êtes tranquilles, & regardez fes victoires d’un œil„ aulli indifférent, que si elles ne vous touchoient pas. D’un autre côté„ un Circaíïien (§) obscur & d’une origine abje6te,qui devoit être profiter -„ né aux pieds des Othomans & trembler fous leur épée, s’est rendu maî-,, trc de l'Egypte ; il tient encore plusieurs autres Provinces de Syrie, qui„ nous ont auu-efois appartenu (**)• st y commande comme dans son héri-
51 ta-
(a) Cantimr , T. II. p. 100-103.
(*) Ou Porte qui mene aux machines de guerre, dans la partie occidentale de la vil-le. Cantimir.
(t) C’est-à-dire nouveau Jardin, espace d’environ un mille détour, qui est â présentchangé en pré, qui sert à faire paître les chevaux. On rappelle Khay.
Cl.' Ismaël Roi de Perse.
(S) Ce Roi d’Egypte.
(’*; f urc rodomontade. Quand toutes les Provinces de Syrie avoient-slles été soumisesaux Othomans avant bajazet V La Monarchie des Mammelucs étoit plus ancienne que cel-le des Turcs, & ils possédoient la Syrie aussi bien que l’Egypte avant le tems de SoUmanShah . Peut-Être les Seljucides avoient-ils prétendu y avoir droit.