BAJAZET II. HUITIEME SULTAN. 557
„ tage légitime. Tel est le mépris dans lequel est tombée de nos jours la 1510.
„ Majesté d’un Empire si respecté fous nos ancêtres! Oui, ces .Héros in> - .—
,, vincibles, qui nagueres faifoient respecter le nom de Bajazet à toutes,, les Nations voisines, font aujourd’hui insultés & couverts d'opprobre,
„ fous ce même nom de Bajazet, & menent avec lui une vie oisive & ef-„ féminée ! Où est donc l’honneur du Sceptre Alìothnan ? où est la Discipli-v ne Militaire ? où est le zele de nos Peres pour la propagation de la Foi ? Que„ font devenus les Arts propres à faire fleurir un Etat, cette Politique„ qui a élevé l’Empire à un si haut point ? Quoi ! souffrìrons-nous que nos„ soldats tombent dans la langueur, & perdent cette vigueur qui les ren-,, doit autrefois invincibles ? Je laisse à mon Pere à juger s’il ne íèroit pas„ juste de punir ceux qui font les auteurs de ces désordres, ceux qui y doa-M nent leur consentement, ceux qui manquent à y remédier. Et à moins,, qu’on ne travaille au-plutôt à couper la racine de la corruption, j’ai peur„ que nous ne devenions les spectateurs de la ruine de l’Empire;L cernai,
„ que je crois inévitable, à quoi faudra-t-il l’attribuer?àla valeur de nosen-„ nemis où à notre négligence?”
Lorsque le Visir rapporta la réponse de Seîim à Sultan Bajazet: „ Ah, Bajazet„ je ne vois que trop clairement, â-i/,que mon fils n'est pas venu ici dans abdique.„ í’intention de voir son Pere; il veut être Empereur à quelque prix que ce„ soit. Mais c’est une disposition du Ciel même, je n’en puis plus douter„ après le songe (*) que j’ai eu la nuit derriere; car il m’a semblé voir,, ma Couronne mise sur la tête de Seîim par les mains des Soldats. A la,, bonne heure, auífi bien ce seroitune impiété de rien attenter contre la,, volonté de Dieu; je me soumets a la Providence, puiíqu’elle en ordon-„ ne ainsi. Oui, je résigne ma Couronne à Seîim , b ma volonté est qu'il„ soit reconnu Empereur,” Aussitôt Bajazet fait savoir sa résolution à Se-Im, & lui demande la permission de se retirer à Dymotica. Seîim prieson Pere de demeurer dans le nouveau Palais, disant que c’étoit encore tropde-lui céder l’Empire, & que le vieux Palais lui suffiroit. Bajazet persistadisant qu un fourreau ne peut pas íèrvir à deux épées. A la fin il obtint cequ il demandoit, & empoitant ce qu ri voulut parmi los précieux bijoux duTrésor, il sortit de Constantinople accompagné de Tunus Baeha , & de quel-ques amis, le 18 du mois $efer de l’an 918.
Seîim avec tous les Grands de , 1 ’Empire suivit son Pere jusqu’à Kuchuk Selitn seChekmejej f), qui est â deux heures de distance de Constantinople. Après dé f ait lkouelque entretien fur les affaires de l’Etat, il lui demanda fa bénédiction. luLAprès quoi il prit congé de lui, retourna au Palais, & prit possession duTrône avec les cérémonies accoutumées.
Bajazet continua fa route, mais si lentement qu’il faisoit halte à chaque
vil»
(») Les Turcs font fort superstitieux sur Partïcle des Songes. Us croyent qu’en dor-mant, famé épurée d’un Musulman, est comme avertie de plusieurs choses. Cantimir.N’étoït-ce pas aussi un honnête prétexte pour faire ce qu’il se voyoit contraint de faire?
(f) Petit pont-levis: il y a un bourg du même nom, appellé autrefois Athyre , fur legrand chemin qui inene à Andrinople, â six heures de Bujuk Chekmeje,. qui est le grand pont,
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