558 HIST. DE L’EMPIRE OTHOMAN. Liy. XVIII. Chap. IX.
1510. village, prétendant être fort incommodé. Peut-être par-là donna-t-il quel-■“ï que soupçon à Selim, qu'il espéroit de se voir rétabli par quelque émotionpopulaire sur un Trône, qu'il avoit quitté involontairement. Ce qu’il y ade certain, c’est qu'à peine avoit-il lait quarante milles, qu’il mourut con-tre toute attente (*). Selim ordonna au Visir & aux Grands Officiers d’ap-porter son corps à la Capitale; il fut lui-même en grand deuil à fa rencon-tre , fort loin hors des murs de Constantinople, & rentra avec la pompe fu-nèbre qui ressembloit plutôt à un triomphe. Enfin par ses ordres Bajazetfut enterré dans un Jami de fa fondation.
Portrait Bajazet vécut soixante-deux ans (f) , & en régna trente-deux. Ce fut/ífcBaja- un p r i nce5 q nous en devons croire les Historiens Turcs, auffi vaillantzet * qu’actif. U avoit une force d'esprit invincible, même dans 1 adversité: l'exer-cice lui avoit acquis celle du corps, il ne voyoit personne qui le surpassâtde ce côté-là, & peu l’égaloient. Rigide observateur de la Loi, il aima lesSavans, & eut foin de pourvoir à leurs besoins selon leur condition ; il leurdonnoit des habits faits de Sof ou de laine, & tous les ans une pension dedix-mille Mtche (j). Sa vaste connoissance dans toutes les branches de laLittérature le sit passer parmi ses sujets pour le Prince des Sciences. Heureuxà la guerre il étendit par fa bonne conduite les bornes de l’Empire. II ré-para les murs de Constantinople, qu’an tremblement de terre avoit endom-magés en plusieurs endroits. II fit bâtir fur le Marché au cuivre (§) un Ja-mi dune architecture admirable, un autre à Amasie également beau, quoi-que moins grand ; on ne flairait point si l’on faisoit l’énumération de tousles Imarets & de tous les Médresehs, qu’il fonda. II fit construire près d’Os-manjik sur la Riviere de Kizil Jrmak , ou Ruisseau rouge, un pont de mar-bre de cìix-neuf arches ; & il en fit faire un autre de pierre de taille & dumême nombre d’arches fur la Riviere de Giozfui , ou seau de l’œií, dans laProvince de Sarichan.
Imagina - On assure que dans tout le cours de ses expéditions, il faisoit soigneuse-
tmì fuper- ment ramasser la poussière qui s’attachoit à ses habits ; & à l’heure de íàf meule. mort p recommanda fous de terribles imprécations à ceux qui l’affisterent,d’en faire faire une brique, & de la mettre dans son tombeau sous son brasdroit en forme de couffin; disant, „ qu’il avoit toujours eu une attention,, particulière à YHadìs (**) qui porte ; Y homme dont les pieds ont été couverts
„ de
(*) Ceci sert à prouver que Lctiicer n’a rien avancé de faux dans le récit qu’il fait de lamort du Sultan d’après Antoine Mocmvin. 11 dit T.l. P. V. Ch. 22. que Bajazet fut em-poisonné en chemin par un Médecin Juif. Les Turcs n’osent l’avouer ouvertement. Can-imir. Quelle créance méritent-ils donc en qualité d’Historiens?
(f) Les Auteurs Chrétiens lui donnent soixante-feize ou quatievingts ans.
(I) Blanc ; ce mot vient du Grec Afpron. C’eíl une piecede monnoye, qui à l’excep-tion des Mangyrs ou demi-fols de cuivre, est la plus petite de toutes les autres pour le poids& la valeur. II en fout cent-vingt pour faire un Léonin, & trois-censpour un écu de Ve-nise. Cantimir. C’est ce que les Européens nomment ajpres.
(§) P eu éloigné du vieux Palais, appellé autrefois Chalcopratcs. Cantimir.
(**) C’est-à-dire Sentence ch Mahomet. II y a uu recueil de ces Sentences ou Prophéties,nommé IJailis SumebeA, ou Dits du Prophète, pour les distinguer des HtuìtfiKutlits qqifont les Prophéties divines dictées par l’Ange Gabriel dans l’Alcoran. Cantimir .