SELIM I. NEUVIEME SULTAN. 577
1517.
nemis, dont ils firent une cruelle boucherie, & fie retirerent dans leur camp. SectionD ans ces entrefaites C ami, qui s’avançoit à leur secours, ayant appris leurretraite, & la désertion de Rayer Bei , sans la trahison duquel les Turcsétoient infailliblement battus, il fut fort consterné. L’ennemi l’ayant atta- te.qué en mëme teins, les Troupes qui étoient avec lui prirent la fuite, & cePrince qui étoit fort gros & âgé tomba de cheval, & fut misérablement fou-lé aux pieds. Cette fameuse bataille se donna"le 17 d'Août 1516, le mê-me jour que deux ans auparavant belim avoit défait Shah Ismaël dans la plai-ne de Calderan. Outre leur Sultan, les Egyptiens perdirent dix-mille de leursbraves Mamlucs, & les Turcs trois-mille chevaux (a).
Après la victoire les habitans d’Alep vinrent présenter leurs clefs à Se- Alep ftlim , ce Prince les reçut avec bonté, & fit donner le Chilaat (* * * (§) ) à chacun rend.des principaux Citoyens. Le vendredi suivant étant allé à la Mosquée , ileut la satisfaction de s’entendre nommer dans les prières publiques ; cela luifit tant de plaisir, qu’il ordonna qu’on donnât au Lecteur, tandis qu’ilétoitencore dans fa chaire, une veste de brocard d’or ; il fit auffi distribuer desgratifications aux gens de Loi, & des aumônes aux indigens de différentesconditions. Cette douceur lui gagna - non seulement les cœurs des habitansdes moindres villes, qui se rendirent d’elles-mêmes ; mais Damas envoya àson approche ses anciens au devant de lui (f) pour implorer fa clémence.
11 les reçut avec un visage gracieux, & ayant fait lire par deux fois leur re-quête , il promit de la leur accorder fans y rien changer.
Non content de ces actes de clémence il jugea à-propos de plaire austî à Damas dcceux qui marquoient le plus de zele pour leur Religion , par des témoigna- même.ges de piété. Le jour même qu’il fit son entrée dans Damas, il ordonnaqu’on fìt les prières solemnelles dans le Jami de Bani Ommiyah (|) , & enordonna de particulières pour fa.prospérité. Ensuite il alla visiter le monu-ment du fameux Muhiddin (§) hors de la ville. Les gens les plus âgés pou-voient à peine se souvenir d’avoir oui parler à leurs ancêtres d’un pareil
hé-
00 Ricaut, in Selime.
(*) R°be de couleur bordée d’or ou d’argent, que îe Sultan donne en signe d 'honneuraux personnes distinguées a leur entrée en charge, ou pour récompenser quelque serviceextraordinaire: on l’appelle communément Caftan , & il y en a de trois fortes. Cantimir.
(fy Le Cadilesquer dit que Stlim campa d'abord près de la ville avec beaucoup demagniOcence, & que comme il y avoit- là des personnes de soixante' douze nations diffé-rentes on n’a jamais lien vu de plus superbe.
(■P ^ y , ^ sns ^ dans ia Note du Prince Cmuimir Beat Umtti au lieu d'Ummie
OU plutôt d Ommiyah. C étoit d abord un Temple des Sabéens, & ensuite ce fut une Egli-se des Chrétiens. Ceux-ci en ayant été dépossédés par le Calife Walid fils à’AbdoTmalekde la Maison desOmmiades, fan de l’Hégire S 6 , de J. C. 705.il employa durant plu-sieurs années tous les revenus de la Syrie à l’einbellir. Ce Jami passoit pour un des plusbeaux édifices de l’Univers, mais Timur le ruina en uoo. V. Lbn al Amid & D’Hertc-lut Bibl. Orient, p. 291. art. Demfchak.
(§) Ce Prince Qantimir prétend quec’est un des Califes, à le même que Musa, quil’an92 de l’Hégire envoya son Général Tarif pour conquérir l’Espagne: mais Mufan'éxoìt pasCalife. Comme Mahomet étoit son nom propre, & Muhiddin un surnom , c’étoit peut-être Mahomet Ahdo'hnumcn fils de Tomrui , qui prit le nom de Mahadi , c’est-à-dire de Con-ducteur desfideles. Ce Prince, après avoir chassé les Mw avides ou Marabouts d’Afrique,
Tme VIII, Dddd les