576 HIST. DE L’EMPIRE OTHOMAN. I.iv. XVIII. Chap.X.SEcrioN Troupes aussi nombreuses & aussi bien disciplinées avec le peu de forcesII. qu’il avoir, qui fe réduifoient à douze-mille Mamlucs, avec leurs serviteursConquête a rmés, mais de fe retirer à Damas: que là il auroit le teins d’augmenterfondei Egyp. arm g e (j es Troupes des Garnisons, avant que les Turcs avec le pesant atti-rail qu’ils menoient à leur fuite pussent arriver ; & qu'en traînant ainsi laguerre en longueur jufqu’à l’Hiver, il mettroit f ennemi‘dan; '"embarras parle manque de vivres, & donneroit aux Persans le tems de venir le joindre,pendant que l’on pourroit aussi faire venir du canon de Rhodes & de Chypre.Ordre de Cansu étoit assez dispose à suivre ce conseil , mais l’imprudente opiniâ-bataille, xx-Lté des Mamlucs, qui ne refpiroient que le combat, & les perfides avisâe Kayer Bei, Gouverneur d’Alep, lui firent prendre un autre parti. Cetraître étoit ennemi secret de Gauri , parce qu’il avoit empoisonné sonfre-re quelques années auparavant. Le Sultan s’avança donc , & vint camper àdix milles d’Alep fur le bord de la Riviere deSinga (*). II partagea son ar-mée en quatre Corps ; le premier commandé par Kayer Bei., parceque la/ guerre fe faifoit dans fa Province ; le second étoit fous les ordres du vail-
lant Sibes, Gouverneur de Damas, surnommé Balvan ou k Sauteur à cau-se de son agilité. Gazel Bey conduifoit le troisième pour soutenir les deuxpremiers au besoin, & Cansu couvert d’armes dorées marchoit en personneà la tête du quatrième. De l’autre côté, Selitn mit la Cavalerie Asiatiqueà l’aile droite, l’Européenne à la gauche , les Janissaires & l’artillerie aucentre: il posta devant eux entre les deux ailes, ses braves Gentilshommes,«St contre fa coutume voulut combattre avec eux.
Aussitôt que Kayer Bei approcha de l’ennemi, il chargea la Cavalerie Eu-ropéenne , «St d’abord, comme s'il eût eu dessein d’envelopper cette aile , iltourna vers la queue, & fondit fur les Vivandiers «St autres gens qui suiventles camps, «St se vanta d’avoir fait un grand carnage. De l’autre côté Sibes,au - lieu d’attaquer l’aile droite de front, la prit en sianc avec ses Mam-lucs', fit un horrible carnage de la Cavalerie Asiatique, & pénétra mê-me jusqu’à sétendard. Ayant ainsi rompu cette aile en deux, «St s’étant avan-cé de front & en queue des Gentilshommes, il répandit la terreur dans lecentre ; car Se H m le trouvant ainsi coupé de ce Corps, fur lequel il son doitses principales espérances, se vovoit dans un danger éminent d’ètre défait ;d’autant plus encore que dans le même tems le fìdele Gazel Bei chargea lesJanissaires avec furie ; car ayant secondé le dessein de Sibes, il avoit atta-qué l’ennemi de front. La Cavalerie Asiatique rompue, & en partie tailléeen pieces, ne pouvoit aussi fe rallier & revenir à la charge.
Les Mam. Dans cette extrémité, Sìnan Pacha s’avanya avec fa Cavalerie, ce qui encou-rs 5 font ra g ea extrêmement les Turcs à continuer le combat, & l’artillerie de Selitn a-™ s ' yant en même tems joué fur les Mamlucs, fit un grand carnage parmi leursTroupes : bien que Kayer Bei les eût abandonnés, ils ne perdirent ni le courageni la tête, mais s’étant serrés en un Corps ils se firent jour au travers des en-
ne-
(*) Par le Sìnga il faut entendre la Riviere d'Alep, appcliée Kowih ou Kaïk. Car le Stn-est à soixante-dix ou quatrevingt milles au Nord. II n’y a rien qui mette plus de con-fusion dans l’Histoire, que quand les Auteurs employeur les anciens noms des lieux, dontils ignorent souvent la situation, au lieu de se servir des noins modernes.