SOI HIST. DE L’EMPIRE OTHOMAN. Liv. XVIII. Ciiap. X.
Leorioi» nés de-marque qui étoient innocens, qui périrent par ce honteux & cruelII supplice, d’autres eurent la tête coupée, & d’autres furent traînés par le?
Conquête rues at t a chées à la queue des chevaux.
(klE gyp- tous j £S Empereurs des Turcs ^ Seliin est le premier qui íè fît raser
e ‘ 1» barbe après son avènement au Trône, en quoi il contrevint au Précep-te de l’Alcoran, & viola l’usage de sa Nation : la Loi ordonnant queles fils des Empereurs se fassent raser avant que de parvenir à la Cou-. ronne, mais dès qu’ils font devenus Empereurs ils doivent laisser croîtreleur barbe. Le Mufti plaisantant un jour avec ce Prince à ce sujet, illui répondit, que ce qu il m avoit f ait étoit pour ne pas laijser prise sur lui àses Vistrs.
Les Turcs rapportent encore, qu’il avoit toujours à côté de lui ou mê-me à la main un Topuz f ), sorte de bâton court. Voici la raison qu’ilsen donnent. Durant le régné de son pere Bajazct , certaines Provincesfur les confins de la Perse avoient coutume de payer à cet Empire,parforme de tribut, & pour n’être point molestées des Persans, un certainnombre de tapis appellés Chai. Selim étant monté fur le Trône, les Gou-verneurs de ces Provinces lui demanderent fa volonté au sujet de ce lé-ger tribut, pour le continuer ou non, selon son bon - plaisir , & il ré-pondit: Dites aux Infidèles à têtes rouges que le pere des tapis n est plus \ &que le pere des bâtons (f) a pris Ja place. Les Turcs font quantité d autrescontes de leur Sultan Selim, que nous passons fous silence pour abréger (a).
Nous finirons par un trait que les Historiens rapportent. Ils disentqu’un jour que Selim dans fa derniere maladie , appuyant fa tête fur legiron de Piri- Pacha , qu’il aimoit plus que personne, il lui dit, ô Piri,je vois que je dois mourir buntôt , & qu il riy a point de remede. LePacha saisissant ce moment, lui dit qu’il feroit bien de construire unHôpital pour le soulagement des Pauvres, en y employant les grandesrichesses enlevées aux Marchands de Perse , en - divers endroits de sonEmpire ; le Sultan lui répondit : Vouàrois-tu , Piri, que j'employasse par vai-nc gloire en œuvres de charité , le bien enlevé injustement aux autres ? C est ceque je ne ferai jamais : travaille plutôt à le faire rendre aux légitimes proprié-taires. Ce qui fut fait.
CHA-
(«) Cantimir. T. II. p. 219, 220.
(*) Dans son portrait que le Prince Cantimir a donné, il est représenté un Topus àJ,1 main, appuyé sur l’épaule.
(î) P ere à bâtons est une phrase empruntée de l’Arabe, & signifie un homme qui aabondance de telle ou telle chose, comme Abul Imm , pere de foi, c’est-à-dire un hom-me plein de foi; Akun Babast, le pere de l’or, vlì le Maître des richesses, Cantimir.