312 HISTOIRE DES ISLES
Les Isles Canaries font à l'Orient de la Côte de Biledulgerid , à îa Latitude& à la Longitude que nous avons marquée plus haut; mais La Croix pré-tend quelles occupent tout l’espace qui est entre le vingt-sixième degré &demi, à le vingt-neuvieme & demi de Latitude Septentrionale, vis-à-visdu Cap Non, àsoixante-dix ou quatrevingt lieues de la Côte de Barbarie,&à neuf ou dix lieues les unes des autres.
Etant aussi proche du Tropique du Cancer ou de l’Ecrevisse, l’air doit né-cessairement y être fort chaud, étant exposées à la plus grande ardeur du So-leil ; c’est aussi ce qui paroît par le tems de la Moisson, qui est dans les moisde Mars & d’Avril Le terroir est par-tout d’une fertilité admirable, mais> il est fur-tout fameux par la production des vignes dont on fait le vin deCanarie, si universellement estimé dans toute l’Europe,& dont on transpor-te une si grande quantité.
Sanutus prétend qu’il n’y avoit autrefois qu’une feule Isle si extraordinai-rement abondante en bled & en vin, quoique toutes produisent aujourd’huice qui est nécessiire â la vie. Le bled, forge, le miel, la cire, les cannesde sucre, les oranges, les figues, les grenades, les citrons, les pêches, lespommes de pin , & une grande variété d'autres fruits y viennent en quantité& dans la derniere perfection. II y croît aussi beaucoup d’OriJelle , que plu-sieurs Botanistes prétendent être le Phalaris de Dvfcoride (*), & que Dale-champ fur Pline appelle le second genre de Barba , ou proprement grainede Théúphrafïe. Les Insulaires cultivent cette plante avec grand foin pournourrir les petites oiseaux si estimés pour la beauté de leur plumage & ladouceur de leur chant, qu’on appelle Canaris. Ceslsies produisent aussi ti-ne grande quantité de cette gomme ou résine qu’on appelle Brai , que l’ontire du pin par le moyen du feu, d’une façon différente à-la-vérité de cellequ’on pratique en Norvege & dans les autres Pays Septentrionaux de l'Euro-pe. Les líles Canaries ne font pas moins bien fournies de bestiaux, tels quedes vaches, des moutons, des chevres & des ânes sauvages, qui courenten troupes dans les montagnes ; peut-être pourroit-on dire que le plus grosarticle de leur Commerce font leurs peaux ou cuirs, dont ils font un grandtrafic avec les Puissances maritimes. Les Bois fourmillent d’oifeaux , &la Mer des environs fournit beaucoup de poisson, & fur - tout des estur-geons , qui font la principale nourriture des pauvres. U y a dans tou-tes les Isles des fossés & des marais , que -la mer remplit dans le temsdes hautes marées, & où ensuite par sévaporation de seau il se forme unbeau sel fin.
Les
mariage à son gendre Herrera. Celui-ci prit le titre de Roi de Canarie, mais n’ayant puconquérir les deux grandes Isles il en vendit quatre des autres à Ferdinand Roi d’Arragon,& ne se réserva que l’Ifle de Gomere avec le titre de Comte. Ferdinand conquit les gran-des Isles, & toutes font restées depuis à la Couronne d’Espagne (i). Telle est la Relationde Mandelstn , qui ne dit point sur quelle autorité elle est fondée.
I ... (*) C’est une espece deTriandria-ûygyma, avec une gousse bivalve oti il n’y a qu’uneseule graine, en quoi elle ressemble parfaitement à FOriselle.
(i) Mmdelsto, Voy. Col. 711 & suiv.