246 HISTOIRE DES PAYS DE LA COTE
Section célébrer un Tombo public (*), disant qu’i! n’étoit pas juste de priver de cetIL . honneur une Princesse à qui toute la Nation avoit de íi grandes obligations,que les soldats le demandoienr. avec instance, & qu’il y avoit du danger àdu Roy w- les refuser. Le Pere balança quelque teins, mais voyant que la résolu-me d’An- tion étoit prise, il leur dit qu’il y consentoít, mais à condition qu’on negola. feroit qu’une Cérémonie Militaire, fans effusion de sang, & qu’on s’abstien--- droit de danses impudiques. Ce tempérament leur plut, ils s’en contentè-rent, de-même que les soldats, & la cérémonie se fît de la maniéré qu’onsa exposé dans les Remarques (a).
Honneurs Nous supprimons pour abréger d’autres honneurs extraordinaires que lesrendus à peuples rendirent à la mémoire de cette grande Reine ; nous n’avons pula Reine nous dispenser d’en parler jusqu’à un certain point à cause des qualités deBarbara, ^tte admirable Princesse, la grande Protectrice du Christianisme. Ce sut ensa considération que les Grands & le Peuple témoignèrent le même respect& le même zele pour la nouvelle Reine sa sœur, qu’on installa une secondefois avec beaucoup de pompe & de grandes acclamations, dans le Salon desaudiences, & dans la grande Eglise, C’étoit effectivement une Princessetrès-zélée pour la Foi, qui avoit de bonnes qualités, mais nullement laforce d’esprit & le courage héroïque de la Reine sa sœur. Ce qu’il y a*volt de fâcheux, c’est quelle étoit déja âgée, presque aveugle, & horsd’état de donner toute l’attention requise aux affaires de l’Etat & de la Re-
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(A Labat, 1 . c, p. 300 & Cuir.
(*) C’est ainsi qu’ils nommoient les anciennes funérailles inhumaines des Rois & desGrands, où l’on massacroit un grand nombre de créatures humaines, dont la chair ser-vait á régaler les parens & les amis du défunt ; la feue Reine ayant aboli cette pra-tique inhumaine de même que les danses obscènes, elles ne pouvaient avoir lieu. Maisle reste de la cérémonie fe fit en présence de la nouvelle Reine, du Tendela & des autresOfficiers Civils & Militaires de la maniéré suivante.
On vit d’un côté de la place iépt á huit-milie hommes rangés en bataille, & de Vautrecôté autant de femmes & d’enfans. On dressa avec une extrême diligence neuf-cens caba-nes , disposées par quartiers comme une ville. Ensuite, à un signal donné , les troupescommencerent à représenter tout ce que la Reine Zinsha faisait quand elle étoit à leurtête. Les Ministres des deux Conseils représentèrent à leur tour tout ce qu’ils avoient cou-tume de faire du vivant de la Reine; ils tenaient Conseil, on y discutait les Affaires, 011rendait des Jugemens, on recevoir. & on dépêchait des Couriers &c.
Les Dames & les Femmes de service, du Palais firent à leur tour leurs différentes fonc-tions avec beaucoup de soin & d’adresse. Pendant que chacun étoit ainsi occupé, le pre-mier Officier-Général cria. ,, Qu’il faisoìt savoir à tous les sujets du Royaume de Ma-,, tamba que la Reine Zinsùia, iem; très-pieufe & très-Chreíienne Reine, étoit morte par,, l’ordre irrévocable du Ciel.” A cette triste nouvelle, on n’entendit. de tous côtés quedes cris & des gémissemens, & l’on ne vit que des marques de désespoir; les femmes pieu ‘raient, s’arrachoient les cheveux , s’égratignoient & exprimaient par leurs gestes & P arleurs actions l’amertume de leur douleur ; à cela se joignait le son lugubre & aigu des !»-strumens de guerre. 11 ne manquoit à cette folemnité pour contenter la multitude que debien manger & boire, la Reine y pourvut par un banquet splendide qu’elle donna auxtroupes & au peuple au- lieu de la chair humaine dont ils fe rassasiaient aupara-vant. Ces honneurs funèbres durerent six jours, pendant lesquels il fut impossibleaux Missionnaires de faire venir ces gens - là à l’Eglise, pour prier pour la Reine dé-funte (1).
(1) Lakilí , 1. «. p. 300 Li suiVa