OCCIDENTALE D’AFRIQUE. Liv. XX. Chap. XI. 247
îîgion ; ce qu’il y avoit de pis,c’est qu’elle avoit épousé un homme insolent, Sectionbrutal & cruel, qui du vivant même de la feue Reine avoit osé la traiternon seulement avec mépris, mais avec brutalité, quoiqu’il fût redevable de ^fa fortune à cette généreuse Princesse. II alla plus loin encore après son avé- re ( iunement à la Couronne, son ambition le porta à s’emparer de toutes les dEÀ- Royaumeres, à la dépouiller de l’autorité & de la Dignité Royale par les voies les Angola,plus inhumaines, & à fe servir de tout son pouvoir pour abolir la Reli- 'gion Chrétienne dans le Royaume, ayant pour la Foi une haine implacablequ’il avoit cachée, & l’on verra par la fuite qu’il ne réussit que trop biendans ses criminels desseins.
Ce misérable ingrat étoit fils d’une esclave, nourrice de Zingha ; cette m/foire dePrincesse avoit conçu tant d’amitié pour lui, quelle lui avoit donné sonpro- Monapre nom, en y ajoutant celui de Mona; quand elle fut parvenue au trône,elle l'éleva par degrés à la place de Capitaine-Général. On a vu plus hautde quelle façon cette Princesse l’avoit engagé à jouer son rôle dans l’affairedu prétendu miraculeux Crucifix, bien-qu’il fût un zélateur très-ardent dela Secte des Giagas; & qu’il s’étoit retiré de la Cour, voyant que cette ru-se n’étoit qu’un prélude du retour de la Reine à la Religion Chrétienne, &destinée à rétablir dans le Royaume. On a vu encore qu’ayant appris quele mariage de la Princesse Barbara avec Don Juan , Prince du Sang Royal,étoit rompu, il la demanda avec une insolence, qui donne lieu de soupçon-ner que la crainte qu’il ne révélât le mystère & qu’il n’excitât quelque sou-lèvement , fut le seul motif qui détermina Ja Reine à consentir à ce maria-ge. Le traitement cruel qu’il fit à cette Princesse après savoir épousée,l’obligea à se réfugier dans le Palais, & il eut l’infolence de la tirer par for-ce de cet asyle sacré; la Reine en fut fi.indignée, qu’elle l’auroit fait tail-ler en pieces en fa présence, si le Pere, espérant de le convertir, n’avoitobtenu avec bien de la’peine sa grâce & qu’il conserveroit sa charge ; mais il nelui inspira pourtant pas des sentimens favorables pour la Religion Chrétien-ne. Au contraire dans la fuite il inventa contre lui une accusation dignede l’Enfer, pour le faire périr & ruiner sa Religion. 11 fit courir le bruitque la Reine Zingha avoit été empoisonnée par quelques plats accommodésà la maniéré d’Lurope, dont le Frere Ignace l’avoit régalée quelquefois, &il attribuoit les maux dont fa femme étoit attaquée à quelque charme ou sor-tilège. 11 la persuada même, ou pour mieux dire la força de consentir qu’onfît venir quelques Singhilles, & à se servir de leurs remedes superstitieux.
Le Pere, bien loin d'être découragé par ces calomnies, alla hardimentau Palais, & blâma vivement la Reine de s’être laissée séduire par ces reprise defourbes, & la convainquit parla force des raisons que son zele lui suggéra, s a f° ible Js e 'combien il y avoit de folie & de crime d’ajouter foi à ces superstitions im-pies ; il la menaça même d’abandouner le Pays, d’emporter la croix & tou-tes les choses saintes, les seules dont elle pût espérer du soulagement, &de la laisser elle & ses peuples en proie aux malheurs que son apostasie nemanqueroit pas d attirer fur eux. La Reine confuse, qui avoit sur elleles anneaux superstitieux que les Singhilles lui avoient donnés (*) jetta un
pro-
( ; Ce qui intrlguqit le plus les Médecins de la Reine, étoit une enflure de jambes ; un de