Section
II.
Climat ,Terroirij? c.MœursSc. duRoyaumede Loan-go.
272 HISTOIRE DES PAYS DE LA COTE
breufe assemblée ; quand elle est finie le Candidat est agité tout d’un Côuppar des convulsions violentes, se donne mille mouvemens extraordinaires,fait d’affreuses grimaces, jette des cris horribles, & paroît possédé ; il prenddu feu dans ses mains, & le mord fans en ressentir aucun mal. Quelquefoisil est emporté avec une rapidité inconcevable dans des lieux déserts, où sesamis vont le;chercher au son du tambour, le trouvent le corps couvert defeuilles & d’autre verdure, & le ramènent en dansant; &s’iln’est pasvérita*blement possédé du Démon, il le paroît si bien que le peuple ne doute pas qu’il. ne le soit. A son retour, on lui demande à quel Démon il veut se consa-crer , à quel engagement il veut prendre avec lui (*)? Aussitôt qu’il en anommé un, on lui met un anneau de fer autour du bras, pour lui rappellerconstamment la mémoire de ses promesses. Cette cérémonie se fait quandle Démon prétendu, auteur de toutes ces violentes contorsions, & de laréponse , à ce que l’on suppose, est sorti de son corps, le laissant à demi-mort. L’anneau en question est si sacré, que les Negres ne jurent que parlui & par le Démon auquel ils se sont consacrés ; & ils craignent tellementde se parjurer alors, qu’ils évitent adroitement de faire ce serment , quandils isont pas envie de dire la vérité, ou de tenir leur parole (a).
Les gens du commun ont un ou plusieurs Mokissos, ou petites Idoles;les Personnes de qualité en portent un plus grand nombre , & le Roi ena tant & de tant d’efpeces, que la simple énumération fatigueroit. Quand leRoi ou quelque Grand - Seigneur tombe malade, ses parens & ses domesti-ques
(ct) Les mêmes.
ches, fur-tout fur les temples, fur les paupières & fur le creux de P estomac, plus oumoins à proportion de la violence de son transport. 11 fait des cris affreux, des contor-sions de tout le corps, prend du feu dans ses mains, le met à la bouche fans en rece-voir aucun mal, & fait en un mot toutes les actions d’un possédé, & le Novice I’imite au-tant qu’il lui est possible. Au moins, si nous comprenons nos Auteurs, ou s’ils ont biencompris ceux de qui ils tiennent ces faits, car ils varient entre eux, ct leurs récits fontfort obscurs. Quoi qu’il en soit, c’est-là la cérémonie de l’installation d un Prêtre deMokisso ( 1 ).
(*) Ces engagemens consistent ordinairement à s’abstenir de quelque eípece particuliersde viande, de légume, de racine ou de fruit, à ne jamais monter fur i’eau dans un canot,& autres choses de cette nature. Chaque Tribu ou Famille a ainsi ses observances, suivantle Démon auquel elle s’est vouée.
Aussitôt qu’un enfant est né, on appelle le Fetissero ou Prêtre. II interroge d’abordlepere ct la mere séparément. & leur demande qu’elle est leur propre Loi & celle de leursancêtres ; après quoi il marmotte quelque chose en lui-inême , & il leur déclare que leDémon a ordonné qu’on doit recommander à Pensant de ne pas faire telle ou telle chose;il y a quelquefois deux ou trois articles à observer, ct les meres ont grand soin d’accou-tumer les enfans à .ce qui leur a été prescrit. Les uns ne se permettent pas de palier lamoindre eau, d’autres passent une riviere fur un pont, mais non dans un canot ou de quel-que autre façon. Ceux-ci ne se rasent ni la tête ni la barbe, ceux-là se rasent la tête & labarbe; les uns portent de longs cheveux & se rasent la barbe, d’autres laissent croître leurbarbe , & se rasent les cheveux. II en est de-même des habits Les hommes doivent por-ter fur la tête un bonnet, ou une corde; les femmes au contraire sont obligées d’avoir latête nue. Les hommes doivent avoir quelque fourrure fur les parties naturelles, lesfem-mes avoir des pagnes de quatre ou cinq pieces de Libongo, étoffe du Pays, d’environdeux pieds en quarté ( 2 ). ,
(1) D.tppir , La Croix & aï.
(2) Les mêmes,