Jlistoire dela Cò tedes Escla-ve;. Ro-yaume deJuiHa.
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Z4L HISTOIRE DES PAYS DE LA COTE
courante est la Poudre d’or ou les Bujis, & on ne fait point de crédit. LesBujis , que les François nomment Bouges , font de petites -coquilles d’un blancde lait, & de la grandeur d’une olive. Dans les Royaumes de Juida &d’Ardra elles fervent également de parure & de monnoye. On perce cha-que coquille avec un petit fer approprié à cet usage; on les enfile par qua-rantaines dans un cordon, que les habitans appellent Seuze & les PortugaisToquos; cinq de ces cordons font ce que les Portugais appellent Gallinha& les Negres Fore^ c’estpar-là qu'on évalue le prix de la Poudre d’or& des Esclaves.
Les Européens, les Grands de Juida, & tous les Negres riches fe fontporter dans des hamacs fur les épaules de leurs Esclaves. Ces hamacs fontfort ingénieusement faits , & admirables pour fe défendre contre les cha-leurs., qui font ÍÌ grandes, dit Philips , qu’un Européen ne pourroit faireun mille à pied fur le haut du jour , fans être afi'oibli & fans s’exposerdangereusement.
Bosman dit que les Habitans de Juida surpassent tous les Negres qu’iía fréquentés, tant en bonnes qu’en mauvaises qualités. Tous, depuis le plusgrand jufqu’au moindre, traitent les Européens de la maniéré la plus hon-nête & la plus respectueuse. Les autres Negres les inportunent lans cessepour avoir des préfens, au-lieu que ceux de Fida aiment mieux en faire qued’en recevoir , fi ce n’est quand on a trafiqué avec eux, alors ils aimentbien qu’on reconnoisse les services qu’ils ont rendus. Us font aussi si civilsentre eux,& fur-tout les inférieurs à l’égard de leurs supérieurs, que Bosmanen fut étonné au commencement (a). M quelqu’un va rendre visite à unautre au - dessus de lui , ou s’il le rencontre par hazard , il fe metd’abord à genoux devant lui,baise la terre trois fois en frappant des mains,& lui souhaitte le bon jour ou le bon soir. L’autre répond affis ou debouten battant doucement des mains, <Sc lui rend son compliment.. Cependantle premier demeure assis ou prosterné par terre juíqu’à ce que l’autre soitparti, à moins qu’il n’ait des affaires pressantes, auquel cas, après en avoirdemandé la permission, il fe retire en rampant. Les cadets témoignent lemême respect à leur ainé, les enfans à leurs peres, & les femmes à leursmaris. Us ne leur présentent & ne reçoivent rien d’eux qu’à genoux & a-vec les deux mains, ce qui passe encore parmi eux pour une autre marquede respect. Deux personnes d’égale condition qui fe rencontrent, le met-tent à genoux,& en frappant des mains se saluent réciproquement; les domesti-ques qui les suivent observent scrupuleusement les mêmes cérémonies, touteune fuite quelquefois de cent perfonnnes fe met à genoux, & l’on croiraitau premier coup > d’œil qu’il s’agit de quelque acte public de dévotion ; s’ilarrive qu’une Personne de distinction éternue , tous ceux qui foutpréfens fe mettent à genoux, baisent la terre, & en frappant des mainslui souhaittent toute sorte de bonheur. En un mot, il n’y a pas de Pays auMonde où pour les cérémonies extérieures on soit plus poli que dans le Ro-yaume de Juida. U est afièz difficile d’expliquer comment une Nation con-finée dans un si petit elpace de terre, est si différente à cet égard de ses
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(a) Bosman Lett. 18. p. zzL.