Sbctioh
XIII.
jjistoire deVenise de-puis Van17 OO jus-qu'à Van1750 -
Prise de'Corinthe.
Embarrasde Delfino,
670 HISTOIRE DE LA REPUBLIQUEBalbi ne demeura pas impunie,parcequ’elle étoit d’un dangereux exemple.Le Sénat le rappella à Venise & le condamna à une prison perpétuelle (a).
Le Grand Vifir entra dans l’Isthme de Corinthe le 20 de Juin, & sem-bla menacer tout à la fois Corinthe, Napoli de Romanie, & le château deMorée. Le Provéditeur - Général Alexandre Bono envoya à ces trois pla-ces tous les secours qu’il pouvoit, & qu’il recevoit successivement de Ve-nise en petite quantité. Le Grand Vifir entreprit en personne le íìege deCorinthe, dont le Gouverneur Jaques Minotto paroiíîbit résolu de se biendéfendre. Les Turcs dressèrent une batterie contre la porte principale, &ils y eurent bientôt fait breche. Ils y jetterent outre cela tant de bombes,qu’en peu de jours cette partie du rempart fut ruinée. Le Gouverneurvoyant la place en danger d’être emportée d’assaut, arbora le drapeau blanc,& capitula au bout de cinq jours de tranchée ouverte. Au moment qu'onexécutoit les articles de la capitulation, le feu prit à un baril de poudre dansle palais du Gouverneur, où l’on étoit convenu que la garnison déposero'itles armes. Les Janissaires prirent cet accident pour une trahison. Ils mirentle sabre à la main, fondirent sur les soldats & fur les habitans, dont ils fi-rent un horrible carnage. Le peu qui en resta fut embarqué fur les vais-seaux du Capitan Bacha, qui conduisit ces malheureux devant Napoli deRomanie, & leur fit couper la tête sous les murs de cette ville, pour inti-mider ceux qui la défendoient. L’avarice d’un Janissaire sauva la vie à Mi-notto, qui fut transféré en Natolie, où il obtint la liberté en payant unegrosse rançon. La garnison d’iigene se rendit sur la premiere sommation& fut transportée à Malvasie \b).
Pendant que le Grand Vifir agissoit en Morée, le Bacha de Candie te-noit bloquées Suda < 3 t Spinalonga, les deux seules places de l’isie qui res-toient aux Vénitiens. Louis Magno qui commandoit dans la premiere, &François Justiniani qui défendoit la seconde , demanderent au Capitaine-;Général des secours d’hommes & de munitions, en rassurant qu’ils sauve-roient ces deux places, ou qu’il en couteroit cher à l’ennemi. Delfino n’é-toit pas en état de fournir les secours qu’on lui demandoit, & il ne pouvoits’ouvrir un passage au travers des vaisseaux ennemis, qui étoient en nom-bre supérieur, d'ailleurs les auxiliaires d’Italie refusoient de s’exposer ausort d’une bataille (c).
Le Capitaine - Général apprit que le Grand Vifir fesoit courir dans laMorée des commandemens du Grand Seigneur, qui invitoit les peuplesà se soumettre à leur ancien Souverain, menaçant de la mort tous ceuxqui entreprendroient de lui résister. Comme la crainte ou l’amour duchangement ébranloit la fidélité des habitans, & qu’il y avoit apparenceque la défection deviendroit générale , Delfino résolut de leur ôcer aumoins les moyens de servir l’ennemi. II envoya un corps nombreux deDal-mates &d’Albanois, avec ordre de brûler toutes les récoltes, & de ne rienlaisser dont l’ennemi pût profiter. Ils exécutèrent fidèlement leur commis-sion, & dévastèrent le pays à plus de dix lieues (d).
(a) Laugìer, 1. c. p. 292, 293.
(b) Le môme, p. 293, 294.
(c) Le même, p. 294, 295.
(d) Le même, p. 296.