Skct. IIReligiondes Gau-lois.
Leur vé-nérationpour leChêne.
246 HISTOIRE DES G A U L O I S.
> Druïde, qui vient de célébrer les Mystères, craint de rencontrer dominumluci , c’est-à-dire, le Dieu à qui le Bois est consacré.
Une autre chose remarquable dans leur Religion, écoit leur grande véné-- ration pour le Chêne. Ce respect nous fournit un nouveau trait de con-formité entre eux & les anciens Patriarches, quoique la vénération de cesderniers ait été exerrne de superstition. Abraham dreíîà fes tentes fousquelques Chênes,tels que ceux de Mambrè (a):car quoique notre Version,& quelques autres, ayent transformé ces arbres en plaines, il est clair néan-moins que les termes de l’original désignent un chêne, ou un bôcage dechênes {b). Ce même Patriarche bâtit un autel dans le Bôcage de Man1-bré , & planta un Bois à Bèersbéba (c) *. Les Gaulois en particulier sem-blent
(a) Gen. XII. 6. XIII. ult. (h) Hic supr. T. II. p. 107. (-) Vid. Gen. XXI. 33.
„ couronnoient la terre où ils étoient plantés; & ils formoîent pnr-tout des berceaux que„ les rayons du Soleil ne pouvoient percer, & où régnoient une fraîcheur & une obscuri»,, té perpétuelle. Les Pans, les Sylvains, & les Nymphes Champêtres ne sçavoient ce„ que c’étoit que de faire-là leur séjour : ce lieu écoit destiné à des Mystères tout barba.„ res: on ne voyoit de tous côtés que des Autels, fur lesquels on égorgeoit des victimes„ humaines, du sang desquelles les arbres étoient toujours rougis & dégoútans. S'il en faut„ croire l’Antiquité la plus reculée,nul oiseau ne s’est jamais perché fur aucun arbre, nul„ anima! n’est jamais entré dans le Bois, nul vent n’y souffle jamais, & jamais la foudre„ n’y est tombée. Les Chênes, que le moindre Zépbyre n’agite jamais, portent dans tous„ les cœurs une sainte horreur , aussi bien que l’eau noire qui serpente & coule dans di«
vers canaux. Les figures du Dieu du Bois font fans art, & consistent en des troncs bru-„ tes & informes qui font fur pied: la mousse jaunâtre qui les couvre entièrement, inspi-„ re la tristesse. C’est le génie des Gaulois de n’être ainsi saisis de respect que pour des„ Dieux représentés fous des figures touc-â-faie éloignées du goût de celles que leur don.„ nent les autres Nations: aussi leur vénération & leur crainte augmentent à proportion„ qti’ils ignorent les Dieux mêmes qu’ils reconnoissent. La Tradition porte que ce Bois„ s’émeut & tremble souvent; qu’alors des voix mugissantes sortent des cavernes; que les„ Ifs abbatus ou coupés se redressent, renaissent, repoussent; que le Bois est tout en feu„ fans fe consumer; â que les Chênes font entortillés de Dragons monstrueux. Les Ga«-„ lois par respect n’oseroient habiter ce Bois : ils l’abandonnent tout entier à Dieu: feule.„ ment à midi & à minuit un Prêtre y va tout tremblant célébrer ses Mystères redouta-„ blés, & craint toujours que le Dieu, à qui le Bois est consacré,ne vienne se présenter„ devant lui
Nous avons déjà observé que íe Poë'e, après avoir parlé des Dieux des Gaulois au plu-riel, s’énonce pourtant vers la fin du passage cité, comme s’il n’avoit voulu parler que d’unseul Dieu. Pour ce qui est de la frayeur du Prêtre, qui craint que le Dieu ne se présen-te devant lui, elle «st certainement fondée sur la notion que les anciens Patriarches eux-mêmes avoient, sçavoir qu’aucun homme ne pouvoir voir Dieu & vivre ( 1 ). L’effrayantedescription du Bôcage est, ou une fiction Poétique, pour rendre le Culte des Gaulois odieux ;ou peut-être une fiction des Druides mêmes, qui vouloiene empêcher les Laïques ct desJïtrangers de porter un œil curieux dans le sein des Bctcages sacrés.
* 11 est nécedaire d'observer ici que dans l’original le mot alon signifie un Chêne , & unBosquet de Chiner. Ces arbres obtinrent d’abord une espèce de préférence dans ces Payschauds, à cause du frais que procuroit leur ombre: auíïï dès qu’i! y avoir quelque plainebien arrosée, & propre à servir de pâturage, les Juifs ne manquoient pas d’y planter depareils Bosquets, comme Abraham le sit à Beersbéba. Le respect & i’affection pour lesChênes augmentèrent dans la fuite, non seulement à cause de leur utilité & de leur durée,
„ , , mais
(O Gca. XXVIII. j«, &c. Judic. VI. xm. 11, &c.