HISTOIRE DES GAULOIS. Liv. IV. Cir. XIII. 273
des habits d’hommes, de lin, & de drap, &^des toiíòns entières, Jes au- Sect. III.tres des fromages, de la cire, des pains & d’autres choses, chacun selon pommentses forces & les facultés. On faifoit conduire en ce lieu des charrettes lî
chargées de provisions pour trois jours, qu’on y passoit tout entiers à fairebonne chère: le 4. jour (a ), quand tout le monde étoit fur le point de s’en Divinitésretourner, il ne manquoic jamais de s’élever un furieux orage, mêlé de ton- in fapuresverres & d’éclairs, à la lueur desquels il tomboit tant d’eau & de pierresqu’on désespéroit de sa vie & de son retour. i u Gaulois.
Nous avons parlé de l’ufage que les Druides faifoient des eaux du Rhin >>—.»>.pour découvrir si une femme avoit été fidèle, & si les enfans qu’elle avoitdonnés à son mari, étoient réellement de lui. U semble que les Gauloisayent eu beaucoup plus de vénération pour cette Rivière que pour aucuneautre. Les offrandres & les sacrifices qu’ils lui faifoient, étoient d'ungenre particulier ; des Armées entières venoient implorer son secours &lui demander à grands cris la victoire. La feule vue de ce Fleuve, ou dequelqu une de ses eaux, suffisoit pour inspirer du courage à leurs Soldats{b), lis regardoient chaque Rivière, Fontaine, Lac, ou Marais, com-me le séjour de quelque Divinité, à chacune desquelles ils faifoient desoffrandes proportionnées à leurs facultés. Nous aurons occasion dans lafuite d’indiquer quelques autres de leurs superstitions : ce que nous venonsde dire suffisant pour montrer avec quelle ardeur ils imitèrent les Grecs <&les Romains , & combien leurs Druides, leurs Bardes, &c. furent à mêmede s’enrichir à leurs dépens *.
Ce grand nombre de Dieux, ou plutôt de Lacs, de Marais, &c. con-sacrés à ces Dieux, n’empêcha pas les Gaulois de leur bâtir des Temples,
L de leur ériger des Autels & des Statues, à la maniéré des Romains : plu-sieurs de ces Temples étoient d’une grande beauté, comme il paroît clai-rement par quelques restes de ces édifices, & par d’autres monumens dugoût de la Nation; mais ils n’offroient communément,dans ces Temples,que des sacrifices d’animaux brutes. Les victimes humaines étoient (c)immolées fous les Chênes, fans que nous puissions décider si leur but encela étoit de faire la chose plus fecrettement, de peur d’encourir les peinesdécernées par les Edits des Romains, ou bien s’ils retenoient encore leurancienne notion d’un Etre Suprême, auquel ils s’imaginoient que de pa-reilles victimes appartenoient proprement f. Pour commencer à donner
à
(n) Greg. Tur. Glor. Cons. c. 2. R) ÍUlig. des Gaul. L. I. c. 15.
(Z?) Tacit. Hiít. L. V. c. 18.
* Nous prions nos Lecteurs d’observer ici que la coutume de déifier des Lacs, des Ri-vières, & des Sources, peut avoir tiré son origine de quelques qualités extraordinaires<ju’on a trouvées à leurs eaux, particulièrement à celles qui avoient quelque propriété mé-dicinale. Les Rivières, quoique cette remarque ne leur soit pas fi applicable, pouvoientexciter leur vénération â cause que leurs eaux coulent toujours fans s’épuiser. Les Drui-des qui étoient d'excelìens Philosophes, coinprenoient parfaitement tout ceci, mais avoient
kurs raisons pou r en faire un mylìére au Peuple.
•f Le P^m>er de ces sentimens paroît le plus vraisemblable, à cause qu'ils avoient accoa-
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