78 HISTOIRE DE LORDRE
SsaïroN on reconnut bientôt que c’étoit une Flotte Turque , chargée de troupes{rilll. fraîches, que Soli man avoit fait venir des frontières de Perse, pour soula-^hFQ lre S er ^ es soldats rebuttés & épuises des fatigues d’un fi long siégé. II y a de‘depuis son l’apparence que si ce renfort étoit arrivé plutôt , le Sultan n’auroit pasEtablisse- accordé une composition si honorable aux Chevaliers. La Capitulationment dans n’empêcha pas quelques Janissaires de se jetter dans les Eglises, de les pro-.f 12 faner, de fouiller jusques dans les tombeaux des Grands-Maîtres, & de pas-£P,° es fer jusques dans l’ínfirmerie, d’où ils chassèrent les malades & pillèrent la" — Vaisselle d’argent. Mais le Grand-Maître s’en étant plaint à Áchmet, ce
Bacha fit dire à leur Aga , que fa tête répondrait du pillage & de l’empor-tement de ses soldats.
Soliman Dans une conférence qu’ Achmet eut avec le Grand-Maître , il lui dícreçdt le q Ue le Grand-Seigneur souhaittoif de le voir , & que ce seroit l’irriter queGrand- è partir de l’Ifle sans lui rendre ses devoirs. Le Grand-Maître sentit qu'iltrèf-dvíle- êtoit également dangereux de faire cette démarche, & de la refuser ; maisment. pour lui ôter tout prétexte de manquer à fa parole, il résolut d’en courir lesrisques. II se rendit le lendemain matin à l’entrée de la tente du Grand-Seigneur , & les Turcs par une ostentation de grandeur barbare laisserencce vénérable Souverain pendant presque toute la journée sans lui présenteraucun rafraîchissement, exposé à un froid rigoureux & à la neige. On l’ap-pella sur le soir , & après lavoir revêtu & les Chevaliers de fa compagniede vestes magnifiques, on l’introduisit à l’audience du Sultan. Ce Princefut touché de la majesté qui éclatoit dans toute la personne du Grand-Maî-tre , f & pour le consoler il lui fit dire par son Interprète, que la conquête ou laperte des Empires êtoient des jeux ordinaires de la fortune. II ajouta qu’ilvenoit de faire une dure expérience du peu de fond qu’il y avoit à faire surl’amitié & sur l’alliance des Princes Chrétiens, & que s’il vouloit embrasserfa Loi il n’y avoit ni Charges ni Dignités dans l’étendue de son Empire,dont il ne fût disposé à le gratifier. Le Grand-Maître lui répondit avec au-tant de piété que de politesse , qu’il seroit indigne de ses grâces s’il étoitcapable de les accepter ; qu’un aussi grand Prince seroit déshonoré par lesservices d’un traître & d’un renégat, & il se contenta de supplier Solimande vouloir bien ordonner qu’on ne le troublât point dans fa retraite & dansson embarquement. Le Sultan lui fit dire qu’il y pouvoit travailler tranquil-lement , & que sa parole étoit inviolable. Quelques jours après ce Prince envisitant fa nouvelle conquête, entra dans le Palais du Grand-Maître, qui lereçut avec tout le respect qui étoit dû à un si puissant Monarque. Solimanlui donna alors de nouvelles marques de son estime, & lui fit dire par Ach-met, que s’il n’avoit pas assez du tems dont on étoit convenu pour embar-quer ses effets, il le prolongeroit volontiers. En sortant du Palais il dit àson Général , ce n est pas fans quelque peine que f oblige ce Chrétien à sor-tir de fa maison à son âge.
Le Grand - Le Grand-Maître/la quitta même avant le terme. Ayant appris que leMaire Sultan se disposoit à partir dans deux jours pour Constantinople, il craignits'embar - ^e n’être pas traité avec autant de générosité par ses Officiers, desorte qu’ilCmiis donna ordre de tout embarquer. Cet embarquement se fit de nuit avec une
pré-