'DE M A L T H E. Liv. XXI. Chap. VII. 79
précipitation & un désordre qu’il est difficile d'exprimer ; car outre les Che- Sectiohvaliers , plus de quatre mille habitans de l’Iíle suivirent la fortune de l’Or- M*dre. Le Grand-Maître s’embarqua Je dernier (*) après avoir pris congé duGrand-Seigneur. II mit bientôt à la voile pour Candie, laissant Soliman en J c p U i S f onpossession de l’Isle de Rhodes , & de toutes les autres qui appartenoient à Etablisse-la Religion, de même que du Château de Saint-Pierre fur la côte de Caiie. '” ent àCar avant que de sortir du Port de Rhodes le Grand-Maître dépêcha desBrigantins , des Felouques & des Vaisseaux de transport aux Gouverneurs^de ces Places, avec ordre d’embarquer tous les Chevaliers & tous les habi- » ,tans qui les voudroient suivre , & de se rendre en diligence dans l’ifle deCandie. Après avoir essuyé une violente tempête , le Grand-Maître quiinontoit la grande Caraque s’arrêta à la vue & dans la rade de Setia , pourattendre les autres Vaisseaux, qui avoient été dispersés par la tempête, &qui se rendirent les uns après les autres auprès de lui.
Après que tout le monde fut débarqué , il en fit la revue , parcequ’ilapprit que quelques Vaisseaux trop chargés avoient coulé à fond; il se trou-va en tout cinq-mille âmes, mais la plupart étoient malades, languissans &abattus. A la vue de ce peuple désolé le Grand-Maître ne put retenir seslarmes. II fit venir à ses dépens des villes voisines des vivres , des étoffes& de la toile, & tâcha de les consoler par ses discours & par son exemple.
Le Gouverneur de l’ifle, & les principaux Officiers le reçurent avec degrandes marques d’honneur, qu’il ne reçut qu’avec répugnance, bien-qu’el-]es fussent dûes à la dignité. II ne put même s’empêcher de se plaindre dela timide politique du Sénat de Venise , qui ayant dans le Port de Candieplus de soixante Galères, avoit vu prendre Rhodes fans daigner y jetter lemoindre secours. II ne voulut pas même rester plus de tems en Candiequ’il en falloit pour radouber ses Vaisseaux, quoique le Général Vénitien le
sol-
(*) Le Grand-Maître fut fort touché de ne pouvoir emmener avec lui le Prince A.murath , fils de l’infortuné Zizim , comme il en étoit convenu avec lui. Ce Princeétoit resté fous la protection & fous la garde de l’Ordre , quand son pere fut conduit enFrance. Nous ne trouvons point qu’il ait été fait mention de lui dans la Capitulation;sans-doute que Soliman & le Grand-Maître avoient chacun leurs raisons de garder le si-lence fur cet article. Comme le dernier n’auroit jamais consenti à le livrer an Sultan, &que celui-ci n’auroit voulu entendre à rien sans cela, il y a de l’apparence que de part &d’autre on avoit pris ses mesures, l’un pour le faire embarquer fous quelque déguisement,
& l’autre de le faire observer de si près , comme il fit, qu’il ne pût lui échapper. Cemalheureux Prince ne put donc approcher de la Flotte, & fut réduit à se cacher dansles débris des maisons que le canon des Turcs avoit ruinées, en attendant quelque oc-casion de s’échapper. Mais Soliman donna des ordres si précis de le chercher , qu’ilfut bientôt découvert. On remmena devant le Sultan avec ses quatre enfans, deux gar-çons & deux filles. Soliman, qui évitoit avec foin la réputation de Prince cruel , pourpouvoir s’en défaire fous un prétexte plausible, lui demanda quelle Religion il profeíîbitìfI.e Prince lui répondit avec beaucoup de fermeté qu’il étoit Chrétien. Soliman le con-damna alors avec ses deux fils à la mort, fous prétexte d’apostasie. 11 les fit étrangler àla tête de son armée , afin d’ôter à quelque Imposteur le prétexte d’armer quelque jourfous leur nom. Les deux jeunes Princesses furent envoyées à Constantinople pour ôtre en-fermées dans le vieux ferrai! (i).
(<) Baii.dav.iit , L. X. C, 2. Vcrtat T. III, p. 395 > ki 31/6. 403, 404,.