DE M A L T H E. Liv. XXI. Chap. VII. 95
jfeîl fut d’avis que le Grand-Maître se retirât en Sicile, & qu’il y tran s-Sxctioï!portât le Couvent,les Reliques, les Ornemens des Eglises,les Titres & le IV.Trésor de la Religion. Mais ce généreux vieillard rejetta courageusement Histoire lecet avis: Je n ai jamais fui devant les ennemis de la Croix , seur dit-il, lf l0 í dr sipour conserver les restes d’une vie languissante, on ne me verra peint donner un„o" t a de lafi mauvais exemple à mes Religieux. II donna ordre en même tems de pousser Jean delaavec toute la diligence possible les fortifications de la ville & autour du bourg ; Valetteil fit aussi prendre les armes à tous les habitans de l’Isle. Heureusement &CrJBarberousse prit une autre route.
Le Grand-Maître profita de cet intervalle de repos pour convoquer unChapitre général ; cette assemblée étoit nécessaire non seulement pour met*tre ordre aux revenus, parceque la Religion étoit obligée à de grandes dé-penses , tant pour fortifier l’Ifle que pour l’entretien des Troupes & de laFlotte, mais aussi pour remédier à divers abus qui s’étoient introduits pen-dant huit années que l’Ordre, fans résidence fixe, avoit erré en différensendroits. Tout alla au gré du Grand-Maître & des gens sages & zélés (a).
Mais tout d’un coup il survint une querelle qui pensa avoir de dangereu- Divisionses suites, & qui hâta la mort du Grand-Maître. Un différend particulier fatale.s’émut entre un Gentilhomme Florentin séculier, domestique du Grand-Prieurde Rome, & un jeune Chevalier François; ils se battirent, & le ChevalierFrançois fut tué. Le Commandeur Servier, de la Langue de Provence &oncle du mort, qui prétendoit que le Florentin avoit usé de supercherie dansle combat,fe fit accompagner de ses amis,& le chercha; l’ayant rencontré,aussi accompagné d’autres Gentilshommes, il les chargea, en blessa plusieurs,
& les obligea de prendre la fuite. La querelle devint bientôt générale, lesChevaliers se divisèrent ; les uns se déclarèrent pour un parti, & d’autrespour l’autre parti. Tout l’Ordre & toute la ville prirent les armes, & ja-mais pareille discorde n’étoit arrivée dans l’Ordre depuis fa fondation.
Le Grand-Maître, si respecté d’ailleurs, employa en vain son autoritépour faire retirer les Chevaliers ; on n’écoutoit plus ses ordres, & chacunne consultoit que sa passion. La nuit qui survint augmenta encore le désor-dre & la confusion. Le Grand - Maître voulut sortir, mais le Conseil,dans la crainte que ce vénérable vieillard pendant la nuit, & au milieu d’uníi terrible tumulte, ne reçut quelque blessure, s’y opposa ; & l’on envoya àsa place le Bailli de Manosque, ancien Chevalier, révéré dans l’un & l’au-tre parti par fa sagesse. Ce Seigneur, par son adresse & par ses maniéréspleines de douceur, les obligea à la fin de mettre les armes bas. Chacun seretira de son côté ; la nuit calma cette fureur, & le jour vit naître la honte& le repentir. Mais le Grand Maître crut devoir faire un exemple des au-teurs d’un tumulte de si dangereuse conséquence ; il en priva douze de l’ha-bit, & l’on en jetta dans la mer quelques-uns des plus opiniâtres, qui nevouloient pas reconnoître leur faute (b).
Cette affaire, jointe aux fâcheuses nouvelles qu’il reçut des procédés de Morfdu.
Hen- Grand-
r \ rt r r Maitre,
fa) Bosio L. Vi. Vtrtot T. IV. p. 35 L (b'\ S»Bb. Baudouin. L. XI. C. 5 - l ' Wo(à 1. c. p.44. ~