DE MALTHE.Lnr. LXI. Chap. VII. 153
Pïaîì de son côté attaqua Je boulevard de Castille avec grande furie, & Sectionh’y trouva pas moins de résistance. Le Grand-Maître y étoit, qui foute- IV.noir & animoit ses troupes ; il fut blessé à la jambe d’un éclat de grenade, H'fl úire &mais tant que le combat dura il dissimula généreusement sa blessure; les laChevaliers & les soldats, encouragés par fa présence, firent de si puissansefforts, qu’ils reprirent le parapet, & chassèrent les Turcs. Nous fats Jean delíguerions le Lecteur, si nous faisions un journal exact de ce siège , durant Vilette
lequel chaque jour étoit marqué par de nouveaux assauts, & par des pertes &c ’ .
de part & d’autre. A la fin les Chrétiens se trouvant fort affoiblis, & les L» Granitfortifications du Château & du Bourg St. Michel étant absolument ruinées, ààles Grands-Croix proposèrent au Grand-Maître de le faire sauter, & de®***"transporter les vivres, les munitions de guerre, les malades, les blessés &c.dans le grand Bourg & dans le Château Saint-Ange. Le Grand-Maître re,jetta cet avis avec une eípece d'horreur, & leur fit voir que l’on ne pou-voit abandonner ni défendre l’un fans l’autre. Sa fermeté alla plus loin, ilne voulut pas entendre à une autre proposition, qui étoit de se retirer lui-même dans le Château Saint-Ange, & d’y faire porter les Reliques, lesOrnemens de l’Eglife & les Papiers les plus importans du Trésor, craignantqu’une pareille démarche n’encourageât les ennemis, & ne fît perdre courageà ses propres troupes, ,, C’est ici, mes chers Freres, leur dit-il, qu’il faut,, que nous mourions tous ensemble, ou que nous en chassions nos cruels„ ennemis”. Et pour faire voir combien il étoit éloigné de se retirerdans le Château, il n’y laissa que le peu de soldats qui étoient nécessairespour servir l’artillerie, & il en tira le reste pour renforcer les postes qui enavoient besoin. Une chose néanmoins lui causoit une secrette inquiétude,c’étoit une plate-forme que Piali avoit fait élever contre la muraille, d’oùJes Janissaires tiroient avec avantage. Mais la même nuit il fit ouvrir la mu-raille avec le moins de bruit qu’il lui fut possible; plusieurs Chevaliers Espa-gnols sortirent par cette ouverture, gagnèrent cette levée de terre, & char-gèrent à grands cris le Corps-de-garde que Piali y avoit laissé, & l’en chas-sèrent ; après quoi ils y dressèrent promptement un parapet, y monterentdu canon, & firent servir cet ouvrage contre les ennemis.
Mustapha vit bien enfin qu'il ne lui restoit d’autre ressource pour ré- La Turcsduire ces intrépides guerriers que la famine. Mais il ne fut pas longtemsfans apprendre, qu’il avoit plus encore à craindre la disette des vivres.queles Chevaliers; ses Munitionnaìres lui firent savoir qu’un Vaisseau qui étoitchargé de bleds, avoit été enlevé par les Galères de Sicile. Cette nouvelleTobligea de changer de dessein, & de faire ses derniers efforts contre laCité notable de l’Ule. Et quoique la prise de cette Place, située au milieudes terres, ne décidât rien pour la conquête de l’ísie, il íe flatta que s’ils’en pouvoit rendre maître, & en emmener tous les habitans en esclavage,l’éclat de cet avantage cacheroit le mauvais succès de son entreprise & laperte de la plus grande partie de son armée.
Dans cette espérance, le dernier d’Août il partit du camp avec quatre- Entreprisemille hommes de ses meilleures troupes, Janissaires & Spahis. Mesquita,Gouverneur de la Place, s’étoit bien préparé. Par son ordre on borda !a
Terne MIL y cour-