62 HISTOIRE DE FRANCE. Liv. XXIII.
Section Au commencement de Tannée 1539, il y eut un nouveau Traite' entreIX. TEmpereur & le Roi, fait à Tolede, & affez singulier, puifqu’il portoiCDerniers uniquement, que ces deux Monarques étoient convenus, qu’ils ne feroientdéformais aucun Traité ni d’alliance, ni de mariage, ni aucun autre avecValois* e l'Angleterre, fans la participation & le consentement réciproque de Tun&
--— de l’autre (a). Peu après la Trêve de dix ans fut confirmée. Le Dauphin
L’Empe - Henri fit hommage à son pere, en qualité de Duc de Bretagne. Vers ce^lah-aív- tSws-là les Gantois, mécontens de Marie Reine de Hongrie, & sœur dec7pour}7 l’Empereur, Gouvernante des Pays-bas,qui selon eux les vexoit & donnoitrendre dans atteinte à leurs privilèges, fe révoltèrent, chassèrent de la ville les Officiersles Pays- de l’Empereur, & députèrent au Roi, comme à leur Seigneur Souverain,has ì ' pour fe mettre fous fa protection (b). Jamais François I. ne pouvoit avoirune plus belle occasion de rentrer dans les droits qu’il avoit perdus par leTraité de Cambrai. Mais ce Prince n’écouta point Ja Politique, rejetta leSoffres des Gantois, & donna avis à l’Empereur de ce qui fe passoit, Char-les V. fe trouva fort embarrassé , nonobstant le procédé généreux du Roi.II voioit bien que fa présence étoit nécessaire dans les Pays bas, pour étouf-fer l’incendie ; mais i! ne favoit comment s’y rendre sûrement. II craignoitla Flotte des Turcs, s’il y alloit par mer; & les troubles de religion ren-voient le passage par l’Allemagne difficile & dangereux. Le chemin le pluscourt étoit de passer par la France, & ce toi t le plus sûr, si le Roi y con-sentoit. II pria f Evêque de Tarbes, alors Ambassadeur de France auprèsde lui, d’en écrire au Connétable, pour lui ménager l’agrément du Roi,&donna fa parole à l’Ambassadeur d’accorder au Roi ou à un de fes fils l’in-vestiture du Duché de Milan, demandant seulement, qu’on ne se prévalutpas de cette conjoncture pour lui proposer de faire d’autres Traités.
L’affaire fut mise en délibération dans le Conseil du Roi. Le Cardinalde Tournon fut d’avis, que l’Empereur s’engageât par écrit; mais le Con-nétable s’y opposa, disant qu’une promesse par écrit n’étoit pas plussure, que la simple parole, dont on pouvoit s'assurer aisément; que l’in-vestiture étant le retour d’une faveur, la meilleure voie de s’en assurer,étoit d’en relever le prix par la maniéré de la faire. Comme cet aviss’accordoit avec le caractère généreux du Roi, il fut suivi. Le Dau-phin < 5 i le Duc d’Orléans son frere, allerent à Baionne recevoir l’Em*pereur, & offrirent de demeurer en ôtage fur les terres d'Efpagne, jufqu’áce que l’Empereur fût arrivé dans les Pays-Bas. Mais il refusa polimentcette offre, & dit que la parole du Roi étoit Tunique fureté qu’il voulutprendre (r). Le Roi lui-même, quoiqu'indispose alla au devant de lui jus*qu’à Chateileraut. On fit à TEmpereur dans le chemin tous ks honneursimaginables,de même qu’à Paris pendant le peu de séjour qu’i] y sir. Quandil partit le Roi raccompagna jufqu’à St. Quentin ; le Dauphin & le Ducd’Orléans jufqu’à Valenciennes (d). On jugea alors que lans manquer à labienséance, la bonne Politique vouloit, qu’on demandât à TEmpereur de
(a) Daniel I. c. p. 485.
(Q Antonio de Fera , Daniel p. 48<5.Mezeray.-
(c) Daniel ubi sup. p. 488. Mezeray.(cl) Mezeray .